13:13 02 oct

Tori - Jean-Philippe Parent : « Cultiver l’exigence »

Entretien avec les présidents de ligues - Hauts-de-France

Présidents de ligue, ils figurent parmi les hommes clés du développement de notre discipline. Hors de leur territoire pourtant, on ne les connaît pas ou peu. Des présidents de ligues à qui nous donnons la parole dans les semaines à venir. Parcours, engagement associatif, singularités de leur territoire, enjeux et difficultés, projets… Pour inaugurer cette série, la parole à Jean-Philippe Parent, 53 ans, élu en juin 2016, et dont la ligue fêtera l’un de ses temps forts dans un mois tout pile à l’occasion des championnats de France à Amiens.

Quel est votre parcours de judoka ?
Originaire du Nord, je suis arrivé dans le judo sur le tard, à l’âge de 24 ans, même si j'ai toujours eu au fond de moi cette envie de faire un sport de combat. Dans ma jeunesse, j'ai plutôt pratiqué le football, la natation, le tennis. J'ai ensuite arrêté le sport durant mes classes prépartoires, avant de reprendre par l'aviron durant mon cursus en école d'ingénieur. C’est la fin de mes études qui m’a guidée vers le judo. Je me rends en Irlande, et c'est là que je vais plonger dans le judo, pour ne plus en ressortir. J'ai commencé dans un petit club, avant de pouvoir me frotter à une jeune élite au centre d'entraînement de l'équipe nationale à Coolmine. Je suis revenu en France en 1991 et j’ai obtenu ma ceinture noire en janvier 1993. J’avais envie de compétition, de me confronter, je crois que je voulais savoir quelque chose de moi, alors je me suis lancé, mais, vers trente ans, mes belles années étaient déjà derrière moi. Je me suis donc tourné vers les compétitions vétérans, auxquelles j'ai participé pendant plusieurs années. Nous étions encore dans les débuts des compétitions vétérans et j’ai adoré l’état d’esprit. 

Quel sens donnez-vous à votre engagement ?
Dans le même temps, mon professeur de club, après m'avoir attiré dans l'enseignement, m'a motivé à prendre des responsabilités dans mon comité. Je viens du monde de l’entreprise, je pouvais apporter des compétences, une vision – celle de mon parcours de judoka, ma passion. J'ai donc pris part à l’équipe du comité du Nord, mais je pensais que les choses méritaient d’évoluer dans son fonctionnement. C'est ainsi qu'en 2008, je me suis retrouvé candidat à la présidence de ce département. J'ai servi à sa direction pendant deux olympiades et j'y ai retrouvé une correspondance avec mon milieu professionnel : écouter, mettre de la confiance, manager, partager des idées, convaincre aussi, construire… Tout cela, je l’ai connu dans les deux entreprises et le cabinet d'architecture que je dirige où je suis en relation avec les chefs de chantiers et les entreprises. Les choses se sont ensuite enchaînées : je me suis retrouvé à la direction de la Ligue Nord Pas-de-Calais en 2015, devenue Hauts-de-France après la fusion avec la Picardie.


Sur le tatami en janvier dernier lors du stage avec Hiroyuki Akimoto. Photo : Emmanuel Charlot / L'Esprit du Judo

Quels sont vos objectifs pour la ligue Hauts de France ?
Si notre ligue fonctionnait très bien, en ayant, je crois, réussi à gommer les tensions qui existaient entre le Nord et le Pas-de-Calais, il a fallu se réinventer suite à la réforme administrative. Il a fallu que les gens apprennent à se connaître, à travailler ensemble, à se faire confiance. Il a fallu donner de la cohérence à l’ensemble aussi, d’un point de vue administratif comme d’un point de vue sportif puisque nous avons deux pôles espoirs, à Amiens et Tourcoing. Pour autant, il faut bien garder à l’esprit que les ligues se construisent d'abord à partir des départements. L'un de mes objectifs est de replacer la réussite sportive au centre des actions de notre ligue. Pour cela, j'ai remis le mérite au cœur de l'action des Pôles Espoirs (à Tourcoing et Amiens) : pour sortir sur les tournois, il faut le mériter, et donc travailler. L'idée est de réussir à faire briller une jeunesse qui est talentueuse. J'ai la chance de me trouver dans une région qui a un fort potentiel sportif économique, ce serait dommage de ne pas l'utiliser à bon escient pour soutenir notre projet de développement. En plus de celle du recentrage sur le sportif, deux autres lignes directrices sont importantes à mes yeux : l'harmonisation des relations entre les uns et les autres, et perpétuer l'envie de travailler tous ensemble pour l'intérêt général.  

Ce qui signifie savoir rester ferme sur le projet et certaines positions…
Le président de ligue doit savoir prendre position… et la tenir. Soyons clairs : cela demande du courage ! C'est même l'une des principales qualités qu'il faut avoir. Il faut savoir garder un cap, être capable de prendre du recul, savoir parfois regarder les choses sous un autre angle que celui qui prévaut depuis longtemps. Je le redis, c’est ma posture : il y a de grandes ressemblances entre la gestion d'une ligue et celle d’une entreprise. En plus des salariés qui en font partie, il faut composer avec la dimension géographique de la ligue, ses spécificités. Évidemment que ce n'est pas toujours facile ! Pour cela, il faut être honnête – et d’abord vis-à-vis de soi-même, savoir dire non au risque de se retrouver débordé et de ne pas pouvoir tenir les engagements pris. Je le dis clairement puisque j’en ai l’opportunité ici : chacun doit également bien identifier le fait que l'intérêt particulier n'a pas de place dans un fonctionnement comme le nôtre, nous devons être tournés vers l'intérêt général, à construire le judo d’aujourd’hui et de demain. 

Comment ?
Le mot d'ordre, selon moi, c’est l'exigence. Comme dans la société en général, j'ai l'impression que l'on a un peu abandonné cette idée ces dernières années. On exige moins, et cela entraîne une baisse du niveau général. Or, c’est dans le creuset de l’exigence que la réussite se crée : celle à gagner, à faire des médailles, mais aussi d’abord à éduquer, à faire des hommes et des femmes de valeur. N’oublions pas ce qu’est le judo, ce qu’il a à dire. Je crois d’ailleurs qu’en levant un tout petit peu la tête, nous comprenons vite que nous aurions beaucoup à gagner à prendre exemple sur le Japon dans certains cas : le Japon c'est le symbole de la modernité, mais aussi celui des traditions qui ne se renient pas.

> La ligue Hauts-de-France en chiffres (source FFJudo, saison 2018-2019)
Nombre de licenciés : 46 731
Nombre de clubs : 76
Nombre de départements : 5 (Aisne, Nord, Oise, Pas-de-Calais, Somme)
Infos et actualités de la ligue sur www.hautsdefrancejudo.fr 

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