20:32 27 fév

Tori - Epsilium, le judo comme ADN

Les fondamentaux de Stéphane Biez, Delphine Delsalle et Jérémy Andrieu


Photo : DR / De g. à droite : Jérémy Andrieu, Alexandre Roussel, Delphine Delsalle, Stéphane Biez et Jorge Rodrigues

Paris, 12e arrondissement, à deux pas de la gare de Lyon. Stéphane Biez et Delphine Delsalle reçoivent, tout sourire, dans un immeuble art déco totalement rénové qui sent bon la start-up. En juillet dernier, accompagnés notamment de Jérémy Andrieu (l’un des trois autres associés), champion de France lui aussi en 2008 (3e en 2009, vice champion de France juniors des -60kg en 2003), ils ont fondé « Epsilium », un cabinet de conseil en gestion de patrimoine qui propose ses services en défiscalisation, immobilier, solutions d’épargne et courtage aux particuliers. Epsilium comme « epsilon » qui évoque le cinq en grec, comme cinq associés, cinq doigts de la main… avec le préfixe « ium » en référence à podium, « on ne se refait pas », sourit Stéphane. L’ancien international des -66kg, médaillé au tournoi de Paris 2005, cinq fois médaillé aux France 1re div’ (dont trois finales) après avoir été champion de France juniors en 1997 parle avec beaucoup de profondeur des vertus sportives, des vertus « judo » en particulier, des fondamentaux de la vie qu’on y cultive, comme la progression ou la confiance en soi, en évoquant son parcours, ses collaborateurs, mais aussi le recrutement qu’il effectue désormais, en tant que PDG de l’entreprise.

La clé de la confiance
Un leader de quarante-et-un ans qui a choisi de mettre l’humain au centre de l’édifice qu’il construit en équipe, et ce n’est pas un simple cliché. « Déjà, au judo, j’aimais les par équipes. Dans le vestiaire, je parlais aux autres, c’est là que je me suis découvert une forme de leadership. Après, on a tous quelque chose qui nous porte… Ma motivation ? Emmener les gens quelque part, donner, partager, transmettre une énergie, avec, finalement, les mêmes leviers que ceux de la compétition : challenges, compétition, objectifs, être capable de faire un bilan honnête, ne pas se mentir. Mais aussi, comme au judo, quel que soit le niveau auquel on le pratique, ce besoin des autres pour progresser soi-même, et finalement avancer ensemble. La satisfaction, dans l’entreprise, surtout à notre époque, c’est l’épanouissement des gens, la confiance qui s’établit entre nous. » Pas la peine de chercher plus loin les raisons d’embauches de pas mal de judokas depuis sept mois. « Certains n’avaient pas forcément le bagage technique du métier, mais ils avaient envie de faire, et de faire bien, et, au-delà des résultats, de vivre le groupe et de participer à quelque chose qui a du sens. Évidemment, l’ambiance générale s’en ressent.» Sincérité, engagement, respect, mais aussi combativité, pas de simples mots pour un portrait valorisant, mais des valeurs inscrites à l’eau forte sur ce caractère buriné par la compétition et l’entraînement. Stéphane Biez… Un pôle espoirs à Lyon, génération Anne-Sophie Mondière, un départ pour le pôle France de Poitiers et finalement, dans les années qui ont suivi, un combattant qui a marqué, laissant la trace vivace d’une présence guerrière, d’une vaillance constante, indomptée, dans la défaite comme dans la victoire.

Fin de cycle
Un guerrier qui n’oubliait pas l’avenir. « J’ai d’abord fait un DUT Techniques de commercialisation, car je voulais faire court. Puis, en arrivant à Paris, j’ai rencontré Paulette Fouillet, qui s’occupait du suivi scolaire et social des athlètes et qui m’a encouragé à mettre ma combativité au service de ma propre vie. L’INSEP m’a refusé cette année-là, mais pas l’ESCP (École Supérieure de Commerce de Paris) ! J’ai fait le cursus sans aménagement, avec les entraînements, les cours et les devoirs à cumuler. Les journées étaient très longues, mais il n’était pas question d’échouer. Puis, je suis rentré chez MTD Finance en 2002 pour débuter ma carrière professionnelle.» Pas de quoi freiner sa soif de tapis, toujours impérieuse – « ma meilleure saison reste 2005 », avec une finale aux France, le bronze à Paris et Bucarest, l’argent à Hambourg et une médaille aux Jeux de la Francophonie. Passé dans le même temps de conseiller à directeur commercial de MTD Finance en deux ans, il restera plus de quinze ans dans l’entreprise de Mathieu Toulza-Dubonnet, lui-même ancien international juniors et champion d’Europe de kung-fu, avant d’en partir pour créer sa propre entreprise, dans le même secteur. S’il préfère rester discret sur cette rupture, on ne peut que constater qu’il a créé l’adhésion autour de lui. Déjà une vingtaine de collaborateurs, « trente à l’horizon de cette fin d’année » pour ce cabinet qui peut aussi compter sur la force de caractère de la Corse Delphine Delsalle, qui l’a suivi dans ce départ, avec d’autres dont Géraldine Mentouopou, Lucie Collin ou Alexia Caillon. Celle qui s’est « longtemps accrochée à son rêve olympique », fut deux fois championne de France juniors et seniors (pour 10 médailles aux France 1re div’ !), médaillée européenne et mondiale juniors, championne du monde universitaires, finaliste du tournoi de Paris en 2005 et 2006, titulaire des Europe 2006. Cette -52kg, trente-trois ans désormais, barrée par Annabelle Euranie dans l’aventure des très grands championnats, a finalement trouvé sa voie. En cherchant.

Valoriser un parcours
Studieuse et brillante à l’école, Baccalauréat décroché à l’INSEP, la native de Bastelicaccia, passée directement de son club de Corse du Sud à la capitale, a enchaîné avec une fac de biologie à Jussieu. « J’étais déterminée, mais les allers-retours, c’était compliqué, alors j’ai fait une licence Staps, puis Sportcom (une formation en journalisme-communication, NDLR), passé mon BE Judo –  je me disais « on ne sait jamais », conseillée moi aussi par la charismatique Paulette Fouillet – avant finalement de faire un bilan de compétence et de me diriger, sur les conseils de Jérôme Dreyfus, vers l’ESCP. Listé ainsi, mon parcours donne l’impression de quelqu’un qui ne savait pas trop où il allait. Mais mon souci, jusque 26-27 ans, c’était l’entraînement. Comme je ne sais pas faire les choses à moitié, je me disais que, si je ne m’entraînais pas plus fort, d’autres filles le faisaient et je ne voulais pas leur laisser cet avantage.» Il a fallu tout de même envisager la suite. Cabinet spécialisé en ressources humaines pour la préparer aux entretiens, valoriser et « vendre » ce parcours singulier et la voici stagiaire, chez MTD Finance, elle aussi, au milieu de pas mal de judokas, déjà.

Epsilium ? Une continuité. Le goût du challenge aussi. De la pression et du combat. « Parce que, quand on a connu le haut niveau, et même si on comprend vite que ce sera quelque chose de très dur à retrouver en dehors, on est toujours à la recherche de la vibration.» Les mots de Stéphanie Biez, qui sonnent particulièrement justes, montrent aussi combien cette génération des quadras est capable de parler de discipline dans ce qu’elle a de plus profond.

Retrouvez, en complément de cet article, notre long format sur "Judo et études, le grand écart, vraiment ?" qui paraît cette semaine dans L'Esprit du Judo n°79. Disponible en kiosque et sur abonnement (vous pouvez vous le procurer ici).

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