18:49 29 mai

Stéphane Nomis : « Nous présenterons une équipe à l’AG »

« Bouleverser positivement les choses, faire évoluer le système »

L’ancien international Stéphane Nomis, devenu entrepreneur à succès – il a fondé de nombreuses sociétés, dont Ippon Technologies, un cabinet de conseil en informatique — est revenu il y a quelques années dans le judo français par la présidence du FLAM91. Actif dans le sport français et européen, volontaire pour « changer les choses », il annonce la création d’une liste pour la prochaine Assemblée Générale du judo français.

Lors de notre dernière interview, concernant votre action en faveur des enfants de Grigny, vous aviez un peu annoncé la couleur. Vous souhaitez vous présenter à la présidence du judo français ?
Je ne me présente pas, ce n’est pas la bonne façon de voir les choses. Nous avons créé un collectif fort, où chacun amène de la valeur ajoutée. C’est une « task force » participative. Nous sommes là parce que le besoin d’autre chose s’exprime, parce que le modèle s’essouffle et qu’il faut changer les choses. Je ne fais pas cela sur un coup de tête. C’est un choix assumé de ma part, notamment sur un plan personnel.

Quelle est votre motivation ?
Tout ce que j’ai fait, c’est le judo qui me l’a appris – parfois à retardement, parce que je n’avais pas compris au moment où cela m’aurait été utile dans ma carrière de compétiteur ! Je suis un enfant du judo, un enfant de l’INSEP. C’est là où était ma maison d’enfance et de jeunesse. Je m’inscris dans une histoire, longue. Ce n’est pas une candidature contre, en rupture avec le passé ou avec l’actuel président. Je viens faire des propositions, offrir des opportunités, parce que le judo français est à la croisée des chemins et ne peut plus continuer à ce rythme, avec une baisse régulière des licences qui est significative d’un malaise, et sans maîtriser les nouveaux outils, les nouvelles méthodes de la gestion économique, managériale, en vigueur dans la société moderne et dans le sport d’aujourd’hui, avec un État qui se désengage de plus en plus financièrement. Le judo français a longtemps été leader, et même exemplaire pour les autres sports nationaux. Ce n’est plus le cas. Sans cette mise à niveau, on ne peut pas gagner.

Avec quelle équipe et pour quel programme ?
De ceux qui forment ce groupe de base, citons David Inquel, Magali Baton, Frédéric Demontfaucon, Sébastien Nolesini, Frédérique Jossinet… tous judokas internationaux, dirigeants de club, indépendants et experts dans leurs domaines. Quant au programme, on veut l’écrire avec les judokas eux-mêmes, en évitant l’habituel « top-down », les décisions prises en haut qui descendent vers le bas sans être discutées. Il faut faire l’inverse, pour savoir de quoi ont besoin les gens, faire une véritable évaluation. Ce doit être une co-construction qui part du territoire, des clubs, des comités. Le principe de base est de réformer la fédération pour qu’elle soit au service des licenciés plutôt que l’inverse.

Concrètement, comment feriez-vous cela ?
Le projet n’est pas de tout bouleverser, notamment dans les équipes en place, mais de former tout le monde. C’est mon métier, c’est ce que je fais tous les jours, et je l’ai appris du judo. Chacun à sa place doit avoir les moyens de progresser sur ses enjeux, ses responsabilités. Faire de la fédération un outil performant et au service, mais aussi permettre à ceux qui le souhaitent, par des formations e-learning par exemple, d’apprendre quelque chose qui les aide à avancer. C’est à la base qu’est le savoir le plus utile. Aider les présidents de club à trouver un sponsor par exemple, aider les professeurs à mieux former… C’est un accompagnement dans la progressivité, sans brutalité. « Meilleur aujourd’hui qu’hier », dit Jigoro Kano. C’est ce qui doit nous guider.

Vous êtes chef d’entreprise, avez-vous le sentiment d’être proche des attentes, des préoccupations du monde du judo ?
Vous savez, je suis judoka. Né d’un club, qui m’a arraché à mon enfance difficile et m’a pour ainsi dire sauvé la vie, comme cela se passe partout aux quatre coins du territoire. J’ai été compétiteur, mais aussi plus tard professeur, président… Cette vie de bénévolat au service d’une idée, je la connais et je l’aime. D’un autre côté, je suis aussi depuis longtemps président de l’association Athlètes et Partenaires, fondatrice de la Fondation du Pacte de performance, je connais bien le modèle associatif, les fondations, les rouages sportifs de l’État, en plus du monde de l’entreprise privée. Ce qui me tient à cœur, comme nous tous, c’est que le judo soit bien transmis aux pratiquants, bien exécuté par nos meilleurs représentants nationaux.
L’essence du judo, c’est le travail et le progrès sur soi, dans un cadre stable – c’est pourquoi d’ailleurs je n’aime pas du tout les incessants changements de règle actuels. L’essentiel de ce qui fait ma force en tant qu’entrepreneur : ma capacité à apprendre. Tout le monde peut m’apprendre quelque chose. J’ai appris cela du judo et je compte bien mettre cette compétence au service des licenciés.

Pouvez-vous préciser tout de même dans quels axes il vous semble nécessaire de modifier la fédération ?
Je le répète, on ne fait pas de programme sans avoir fait de vrai bilan. C’est aussi une leçon venue du tapis. Je suis entouré d’hommes et de femmes jeunes, à la tête très bien faite, qui sont au taquet et qui ont des idées fortes, de vraies idées pour améliorer les choses. Mais chaque chose en son temps. On me dit que la fédération est en difficulté financière. Il faut vérifier ce qu’il en est. On voit qu’il y a une perte importante de licences, là aussi il faut faire une remontée d’informations. Sur un plan personnel, j’ai tout de même un peu de mal à comprendre pourquoi nous n’avons pas de licence avec un tarif « enfant », comme le font d’autres fédérations. Un poussin ne devrait pas payer comme un compétiteur adulte. Les parents ne comprennent pas. Globalement, le projet, comme je l’ai dit, est de rendre des moyens aux clubs et aux comités. Il me semble qu’il faudra s’atteler à la tâche de baisser les coûts de fonctionnement fédéraux.

L’Assemblée Générale est en novembre et vous devez convaincre dans les mois qui viennent. N’est-ce pas court ?
C’est court, mais ce sera d’autant plus intense, un peu comme une compétition de judo ! Nous sommes partis dans l’idée qu’il faut que cela bouge. Si nous ne parvenons pas à convaincre la majorité des électeurs, ce sera une défaite, mais on connaît ça. On fera ce qu’on fait d’habitude dans ce cas : on retournera au travail avant la prochaine échéance. Nous n’avons pas besoin de grade, ni de poste. Le judo a contribué à nous former, nous avons envie de redonner. Et d’autant plus que, tout le monde le perçoit, ça ne suit plus. Quoi qu’il se passe, nous aurons gagné car, ce que nous souhaitons, c’est bouleverser positivement les choses, faire évoluer le système. Le changement, c’est sur la durée. 

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