19:52 31 mar

Sagolun (au revoir) Elnur Mammadli

Le champion olympique azéri a pris sa retraite à 25 ans

Il ne s’agit pas d’un poisson d’avril car la rumeur bruissait depuis quelques temps en provenance de l’Est. Elle nous a été confirmée ces derniers jours par un athlète et un officiel azéris : Elnur Mammadli, le champion olympique 2008 des -73 kg, a décidé il y a quelques semaines et en toute discrétion de prendre sa retraite sportive. A 25 ans, « le deuxième homme le plus célèbre d’Azerbaïdjan après le président Aliyev » - comme il nous le confia un jour dans un éclat de rire lors d’une interview mémorable traduite par Ilias Iliadis en personne – a troqué judogi cintré et régimes tout aussi cintrés pour le costume de vice-président de sa fédération en charge de la jeunesse. Nous avions retracé son parcours il y a quelques mois à l’occasion d’un Dojo du monde en Azerbaïdjan [cf. EDJ45]. Flashback.


Ici à l'entraînement avant les Jeux de Londres/©Nicolas Messner/L'Esprit du judo

 

Elnur Mammadli - Dans les pupilles de la nation

Moins d’un an après l’indépendance du pays, Nazim Hüseynov avait ouvert une brèche en devenant champion olympique des -60 kg en 1992 à Barcelone. C’était alors sous les couleurs de la Communauté des Etats indépendants, éphémère passeport de transition dévolu cette année-là aux anciens athlètes soviétiques. Seize ans plus tard, Elnur Mammadli hissait enfin les trois bandes horizontales bleue, rouge et verte frappées du croissant de l’islam au sommet de l’Olympe. C’était à Pékin, un fameux 11 août 2008. La revanche de la finale mondiale des -73 kg face au Coréen Wang ne dura que 12 secondes. Affûté comme un Laguiole en sortie de meule, opportuniste, précis, débordant d’une joie contagieuse et unanimement apprécié par ses pairs, l’acrobate de 20 ans semblait parti pour un bail. « Pour le judo azéri, il y eut un avant et un après Mammadli » confirmait alors son coach Yashar Allahverdiyev.

Joufflu. Troisième garçon d’une famille de cinq enfants, venu au judo à l’âge de 9 ans, orphelin de son policier de père à 13 ans, aujourd’hui marié et père de famille, Elnur mit pourtant près de deux ans à digérer sa notoriété nouvelle. « C’est une méga-star dans son pays. Monsieur passe à la télé, Monsieur ne peut pas marcher dans la rue sans être importuné » le chambre de sa voix grave son vieux pote Ilias Iliadis. Désormais joufflu, il n’effectue son retour qu’en mai 2010 au Grand prix de Tunis, en -81 kg. Une reprise difficile, marquée par de nouvelles règles à intégrer pour cet ex-génie du corps-à-corps. Défait d’entrée par l’Allemand Bischof, champion olympique de la caté, il triomphe une semaine plus tard au Caire. La magie opère donc toujours mais elle est désormais à éclipses. « Je me souviens l’avoir vu beaucoup pleurer quelques semaines plus tard lors de la World Cup de Lisbonne, se souvient le Brésilien Flávio Canto, qui le battra sur clé en quarts aux Mondiaux de Tokyo. Il venait de prendre ippon au 2e tour contre le Portugais Diogo Lima. J’ai compris que même s’il était champion olympique, il avait conservé la passion du débutant. Les bons résultats n’étaient plus qu’une question de temps. » Vainqueur du Master à domicile – dans une ambiance ultra-patriotique - puis des championnats d’Europe d’Istanbul, il se présente confiant aux Mondiaux de Paris. Las, une forte fièvre l’empêche d’aller au-delà du 4e tour dans une caté démente (83 engagés !).

Rio. A nouveau vainqueur du Master début 2012 et porte-drapeau de son pays à Londres, il se fait sortir d’entrée par Antoine Valois-Fortier, inattendu médaillé olympique à l’arrivée. « Je l’ai senti nerveux dès l’échauffement, se souvient le Canadien. Il avait beaucoup de pression et cela a sans doute affecté sa performance. Cela reste quand même l’un des combats les plus exigeants de ma carrière. Comme il peut projeter n’importe qui et n’importe quand, j’avais l’impression que le temps sur le tableau n’allait jamais arriver à zéro ! » En intégrant le cercle très fermé des rares tombeurs d’Elnur, « AVF » s’assure au passage une notoriété à vie sur les bords de la mer Caspienne. « Il est tellement connu dans son pays que le simple fait de l’avoir un jour battu vous vaut d’être arrêté par les passants dans les rues de Bakou » sourit Alain Schmitt, tombeur du même début 2012 à Düsseldorf. A 24 ans, l’Azéri se remettra-t-il de cet affront ? C’est en tout cas l’intime conviction de son compatriote et ami Ilham Zakiyev. « Elnur suit actuellement une préparation personnalisée à l’étranger. Il sera prêt pour Rio. » Un retour de flamme que pressent aussi le néo-retraité Euan Burton. « Il a cette capacité à ne jamais abdiquer et n’est jamais aussi dangereux que lorsqu’il semble battu » prophétise l’Ecossais. S’il gère sa carrière comme il gère ses combats, le judo mondial n’a certainement pas fini d’entendre parler d’Elnur Mammadli... 

 

 

… Et pourtant si, donc. En août dernier à Rio, quelques jours avant de remporter le titre mondial des -81 kg, Loïc Piétri confiait que l’Azéri était « l’adversaire potentiel qui [lui] avait semblé le plus affûté lors des dernières semaines de préparation ». Le jour J, Elnur Mammadli ne se présenta pas sur les tapis du Maracanazinho. « Il est blessé » indiqua alors simplement un responsable de sa fédération. Deux jours plus tard, son compatriote Elkhan Mammadov devenait en -100 kg le premier champion du monde de l’histoire du judo azéri. Comme un passage de témoin, confirmé ces dernières semaines par la montée en puissance de ses coéquipiers Orkhan Safarov, Nijat Shikhalizada ou Rustam Orujov. Un judoka azéri s’en va, d’autres arrivent : longue nouvelle vie à Elnur Mammadli.

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