12:58 21 jun

Rafaela Silva : le judo ou la mort au Brésil

L'année dernière, la star brésilienne se confiait au magazine

Article publié le 19 août 2013.

Les championnats du monde de judo ont lieu du 26 août au 1er septembre 2013 à Rio de Janeiro. L’occasion pour le magazine L’Esprit du judo de partager sur Au Tapis! le portrait de cette talentueuse judoka locale. Née dans une favela, la vice-championne du monde des -57 kg en 2011 à Paris a dit non au destin et à un monde de violence à la faveur d’une rencontre…

21 ans, un gros casque Monster Beats à la mode sur les oreilles, un sourire timide qui laisse entrevoir son appareil dentaire… Rafaela Silva paraît presque fragile. Derrière ce physique encore fluet, se cache pourtant une guerrière. Une jeune fille née du mauvais côté de la barrière sociale, dans l’une des pires favelas d’Amérique Latine, la fameuse Cidade de Deus, la cité de Dieu, sur les hauteurs de Rio. Dans l’une de ces maisons faites de rien agrippées aux flancs de collines d’où l’on distingue en un point minuscule les touristes et les Cariocas fortunés se prélasser sur les plages de Leblon, Ipanema et Copa Copacabana. Deux mondes qui se croisent sans se parler au Brésil… Un enfer programmé.

La gauchère aux uchi-mata acérés n’y va pas par quatre chemins pour en parler : « J’ai grandi avec un cousin qui est aujourd’hui dealer. Il sera sans doute bientôt mort… J’ai vu la tristesse et la violence de son existence. Alors le judo, j’ai compris que c’était la chance de ma vie. » Un instinct de survie qui lui a donné un sens aigu du combat. À Bercy, fin août 2011, lors des championnats du monde où elle ne s’inclinait qu’en finale, la jeune Brésilienne avait beau se dire en débarquant à Roissy avec son gros sac qu’elle était « trop jeune pour atteindre une finale mondiale, vivre tout ça maintenant », l’Italienne Giulia Quintavalle, l’Espagnole Bellorin, la Grecque Boukouvala, l’Allemande Roper, l’Américaine Malloy n’étaient pas au niveau sur le plan mental. La faute à une rencontre. Celle de Geraldo Bernades à l’âge de cinq ans, qui la dirigea ensuite vers le programme « Reaçao » (1200 jeunes défavorisés à travers le pays à ce jour) du médaillé olympique Flavio Canto.

« Ce qui me frappe, c’est sa pureté d’esprit »

C’était en 2000. Et la sans grade de devenir championne. En 2009, à Bangkok pour son titre mondial junior glané aux dépens de la Française Automne Pavia… Puis partout dans le monde, sur les cinq continents, protégée par la famille brésilienne. Commentaire de Rosi Campos, entraîneur et véritable maman du groupe féminin. « C’est ma fille. Elle est timide oui, mais en privé, elle est si drôle. Surtout, ce qui me frappe chez Rafaela, c’est sa pureté d’esprit. Sa mentalité est formidable, c’est une chance pour un entraîneur. Mon rôle, c’est de l’accompagner. Il y a dix ans, elle ne savait même pas que ce monde existait. »Marquée par son rêve, ses espoirs, sa responsabilité aussi, Rafaela Silva. Sur son bras gauche, le plus fort, un tatouage « brut » figé dans sa peau métisse : des mots mêlés où l’on peut lire notamment, entourés : Sonho (rêve), judo, paixao (passion), realidade (réalité)… Le sens qu’elle donne à tout cela ? Sortir les siens de la misère. Son obsession ? Les prize moneys du circuit mondial. De l’argent pour changer de vie. Grâce à l’argent de ses podiums à Panama, Düsseldorf, Sao Paulo, Porto La Cruz et San Salvador en 2011, elle a offert une nouvelle maison à ses parents, à sa sœur aînée Raquel et sa cadette Akaina (une -52kg que l’on pourrait voir débarquer…), une vraie, dans le quartier de Freesia. Loin des échanges de coups de feu entre caïds et brigades antigang. Une sacrée responsabilité que l’avenir de toute une famille quand on sort à peine de l’adolescence…

Assise sur sa chaise, havaianas aux pieds, menton posé sur le genou, Rafaela avoue essayer de prendre un peu de distance. « Il y a encore quelques mois, j’y pensais tout le temps. Je demandais : ‘‘Combien, le prize money sur ce tournoi ?’’ C’était une obligation de gagner et cela me rendait terriblement nerveuse. J’ai changé ça en parlant avec ceux qui ont plus d’expérience, notamment Mayra Aguiar (-78 kg). Si mon objectif n’a pas changé, je me suis enlevé un poids. Maintenant, c’est seulement quand je traîne les pieds pour aller m’entraîner que je me redis: ‘‘Eh, tu sais pourquoi tu fais ça ?’’ Ce qui a changé le plus depuis 2009 ? Avant, je voulais jouer. Désormais, j’ai compris que c’était mon métier et que si je devais garder mon caractère et mon identité, je devais aussi y mettre de la rigueur. » Et pas que sur le tapis. Flavio Canto, ému devant la réussite de sa protégée, veille néanmoins au grain. « Je voyage avec elle, je la vois évoluer en judo comme sur le plan humain. Elle prouve que tout est possible. Ce qu’elle fait est un exemple en soi, mais elle doit penser à son avenir, à ses études. Son changement de vie doit s’accompagner de  notre soutien dans son éducation. » Rafaela Silva, deuxième (après Sarah Menezes à Londres) championne olympique brésilienne de l’histoire à Rio, en 2016 ? Un pari pas si insensé que cela. En attendant, les championnats du monde ont lieu chez elle à Rio. Et elle rentre en lice mercredi 27 août pour s’offrir le premier titre majeur de sa carrière.

Les autres actualités similaires

Original-mizuno
Original-judocanada_gp_ad_310x310
Original-pav%c3%a9_boutique_edj
Original-original-310_militaires
Original-original-310_veterans
Original-pav%c3%a9_310__code
Original-original-310_cjuniors
Original-pav%c3%a9_skilbill
Original-original-310_cadets
Original-original-310_para_judo
Original-original-310_regions
Original-pave_310
Original-stage_judo_1-4_page
Original-fly-abo_sensei
Original-pav%c3%a9_310