10:44 01 fév

Pour les Russes, on vous avait prévenu !

On ne résiste pas au plaisir de ressortir ce papier paru dans l'Esprit du Judo n°20... il y a plus de trois ans de cela. Pourquoi ? Parce qu'il analysait avec beaucoup de précocité ce qui allait arriver à l'Europe et au reste du monde à Londres en 2012 : une prise de pouvoir du judo masculin russe. Déjà, l'équipe russe avait frappé les trois coups en terminant première nation des championnats d'Europe 2009 en Géorgie. Déjà nous avions interrogé Ezio Gamba (voir son interview dans l'Esprit du Judo n°39, actuellement en kiosque) et ses réponses d'alors éclairent parfaitement ce qui se préparait à Londres.

Les Russes attaquent !

 

Alors qu’on avait laissé l’Ours russe léchant ses plaies au lendemain de Pékin – zéro médailles, pire que la déconfiture française d’Athènes – on le retrouve plus féroce que jamais sur des championnats géorgiens où il fut d’ailleurs copieusement sifflé sans que cela semble entamer son appétit et sa bonne humeur. L’équipe russe forte aux championnats d’Europe ? Ce n’est pas nouveau. Mais là… tous les records tombent : huit médailles, performance égalée avec l’année 1994 des Kosmynine, Malstiev, Rodina et autres Goudarenko. Surtout, cinq médailles d’or, là où la Russie n’avait jamais pu faire mieux que trois ! Trois médailles d’or masculines, record battu encore (à égalité avec l’année de référence de 1994), trois finales féminines pour deux victoires, du jamais vu.

Que se passe-t-il ? Un bon passage suivi d’une récession, comme c’est souvent le cas avec l’inconstant ogre russe ? On peut craindre que non. La vérité ? Les Russes passent à l’attaque.

Pour les filles, cela faisait longtemps qu’on le sentait venir. Depuis cinq ou six ans, les féminines russes sont presque toujours à deux médailles, trois déjà en 2003. Les deux médailles d’or sont inhabituelles, mais pas imprévisibles : on sait que la lourde Ivaschenko est la meilleure d’Europe depuis deux ans et sa victoire était attendue. Celle, précoce, de Kyuzutina en -57 kg, est plus surprenante, mais on pouvait imaginer une prise de pouvoir rapide de cette combattante qui régnait sur les juniors de 2006 à 2008… année où elle gagne encore le tournoi de Russie et de France dans sa catégorie d’âge ! Heureusement pour les autres, Véra Moskalyuk finaliste deux années de suite en -78 kg et victorieuse en 2007 n’était pas là – elle vient de gagner le tournoi de Tunis. 

Les garçons ? Une équipe de gamins : Arsen Galstyan (1e en -60 kg), 20 ans, Alim Gadanov (3e en -66 kg), 25 ans – le seul du groupe « jeune » de Tbilissi qui ait fait les Jeux olympiques (5e) -, Mansur Isaev (5e en -73 kg), 22 ans, Ivan Nifontov (1e en -81 kg), 21 ans, Tagir Khaibulaev (1e en -100 kg), 24 ans. Une information peut faire frémir : Cette équipe n’est pas la meilleure possible. On trouvait dans la sélection des Jeux de Pékin des combattants plus expérimentés comme Kishmakov (-60 kg) et Mezhidov (-73 kg) et d’autres phénomènes de précocité comme Alibek Bashkaev (-81 kg), 19 ans, double champion du monde juniors et déjà vainqueur du tournoi de Paris ! Dans chaque catégorie, on peut citer cinq noms de combattants qui se sont faits remarqué sur des tournois « Coupe du monde ». « Nous avons pris les meilleurs du moment, des combattants qui avaient un programme spécifique, même si on n’a pas spécialement préparé ces championnats. L’équipe olympique est sur un autre rythme de préparation et on les retrouvera plus tard » explique l’heureux entraîneur avec un sourire gourmand.

 

 

« battre tout le monde dans les trois ans »

Mais quelle mouche radioactive a donc piqué l’Ours ? Une mouche transalpine… c’est lui, le nouveau responsable des équipes masculines : l’ancien champion olympique italien et entraîneur réputé Ezio Gamba.

« On a commencé le travail début janvier. J’ai rassemblé cinquante athlètes choisis à Sotchi, sur les bords de la Mer Noire. Il y aura d’autres centres, mais celui-ci est bien parce qu’il y fait chaud ! Il y a aussi une cinquantaine d’athlètes qui viennent s’entraîner régulièrement et on ouvre désormais les portes de la Russie à qui veut. On a eu par exemple la visite d’équipes Kazakhs. Tout cela est nouveau ici. En plus, dès février, on est parti en stage, en France, en Allemagne, au Japon. On est rentré à Sotchi qu’au mois d’avril ».

Un centre d’entraînement quotidien  là où il n’y avait que des rassemblement irréguliers, certes, mais qu’a pu apporter le fin technicien italien à la phalange russe en quelques mois ? « On a travaillé déjà des éléments techniques et tactiques qui leur sont utiles, de la stratégie judo qui va bien avec leur style. Ce sont des combattants naturels. Tous les soirs, ils vont au club où ils se retrouvent à deux cents pour faire la bagarre. Ils ont des qualités physiques hors norme travaillées aussi à la gymnastique. Mais ils sont sur leurs habitudes. J’ai été surpris de voir que musculairement, ils sont moins forts que les Italiens ! Mansur Isaev (-73 kg) par exemple, est sans doute un des meilleurs, mais en préparation physique, c’est un bébé ! Leur idée, c’est d’avancer toujours et d’attaquer. Il faut déjà leur donner la condition physique pour tenir tout le combat sur ce mode-là. Aux Europe, ils n’étaient pas encore très en forme… ». Ça promet, donc, car l’équipe russe a montré des dispositions nouvelles à ce niveau qui ont largement contribué à leur razzia. Gamba travaille depuis des années avec son compère Stefano Fracinelli, son préparateur physique attitré, qui fait de fréquents séjours à Sotchi. Pour son centre d’entraînement tout neuf, il a aussi choisi une armée d’entraîneurs aux noms prestigieux : Taov, Makarov, Morozov, Kosmynine et il y en aura d’autres. De quoi faire peur. Mais sa réussite la plus importante sur ces championnats d’Europe, c’est lui qui la désigne : « C’est l’état d’esprit. En Russie, ils se battent pour le père, la mère et la patrie, mais curieusement, ils n’ont pas tellement d’esprit d’équipe. Chacun vient de son club, de sa région, et ils avaient du mal à s’engager les uns pour les autres. Dans ces premiers mois, c’est cela qu’on a obtenu. Vous les avez vu s’encourager sur le bord du tapis ! Ça c’est nouveau. Les athlètes sont contents. Après quelques mois, ils comprennent où on va avec eux et ils voient que c’est positif. On leur donne à chacun un programme précis et personnel et ils ont envie de gagner ensemble, d’exprimer leur force collective aux yeux des autres. Et plus, quand les athlètes sont contents, on n’a plus de problèmes de pression avec les entraîneurs de clubs ». Ce que semble en effet réussir le diplomate Gamba, c’est de fédérer, bon gré mal gré, tous les clans de la puissante Russie – qui n’avait pas connu jusque là de système centralisé fort -  derrière son projet de haute performance. Même les ténors de l’équipe, les Mikhaylin, les Tmenov, qui s’entraînaient depuis quelques années comme des sénateurs, entrent progressivement paraît-il dans le jeu et s’apprêtent à remettre un coup de collier. Une sacrée gageure en quelques mois d’exercice. C’est que l’ambition non plus n’est pas petite : « Je ne suis pas venu ici pour trouver un job, mais pour devenir l’entraîneur de la meilleure équipe du monde. Avec le président de la fédération russe, nous sommes sur la même longueur d’onde. Il veut devenir le plus fort et moi aussi. Il m’a donné le budget que je réclamais, j’ai les coudées franches pour faire ce que je veux, pour sélectionner qui je veux. Notre projet, c’est de battre les Japonais, et pas seulement eux, dans les trois ans. Nous voulons battre tout le monde et nous allons le faire ». Exagération italienne ? On n’en jurerait pas.


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