13:43 08 avr

Morgane Ribout débute sa carrière en MMA ce soir

Retrouvez son interview publiée dans l'EDJ n°66


Morgane Ribout. Crédit photo : Le Parisien 

La championne du monde 2009 dispute ce soir au Liban son premier combat de MMA, qui sera diffusé sur MTV Liban à 22h (heure française). 
Une première pour celle que notre journaliste, Anthony Diao, avait longuement interviewée pour L'Esprit du Judo n°66.
Un entretien que vous pouvez retrouver ci-dessous.

EN CAGE, MAIS LIBRE

Médaillée européenne et championne du monde 2009 des -57kg, retraitée cinq ans plus tard à l’âge de 26 ans, la Française vient d’annoncer son passage du judo au MMA. Une décision qui soulève nombre de questions compte tenu des ADN respectifs de deux disciplines qui coexistent comme chien et chat, les compétitions demeurant interdites… Entretien avec une pionnière discrète, mais déterminée. 

Le 6 décembre 2016, un article mis en ligne sur le site Lepoint.fr officialisait ce qui était devenu un secret de Polichinelle depuis plusieurs mois : ton passage au MMA. Pourquoi maintenant et pas avant ?
Il y a longtemps que je voulais l’annoncer et, en même temps, je n’ai jamais voulu manquer de respect au milieu auquel j’ai consacré vingt-deux années de ma vie. Je connais les réticences de la famille du judo à l’égard du MMA. Par égard pour ces liens anciens, je voulais me préparer au calme et me sentir prête avant d’officialiser ce passage. Si je l’ai annoncé, c’est que l’heure était venue de programmer un combat, alors autant le faire au grand jour.
Vu le contexte, tu l’as vécu comme une sorte de coming out ?
Oui et non [Sourire]. Oui parce que l’article a paraît-il été partagé plus de 300 ou 400 fois sur les réseaux sociaux du monde entier et a obligé mon manager à me créer une page officielle sur Facebook… Et en même temps non car je m’intéresse au MMA depuis 2010-2011 et je n’en ai jamais fait mystère.
Qu’as-tu trouvé dans le MMA que tu ne trouvais plus dans le judo ?
J’ai retrouvé le goût du combat pur. Ces dernières années, le judo s’est bridé au point de nous mettre, nous, amoureux de la première heure de ce sport et de ses valeurs, dans des situations paradoxales. À 25 ans, j’ai par exemple réalisé que je pouvais faire moins de choses sur un tapis que quand j’avais 5 ans, et surtout que je suis championne du monde d’une discipline dont les règles ont tellement changé que je me sens aujourd’hui quasiment incompétente si tu me demandes d’arbitrer une compétition de poussins-benjamins !
Sérieusement ?
Attention : pour moi ça reste un bonheur de faire du judo. Mais, s’il y a des dérives, il faut les comprendre et adapter l’arbitrage au judo, pas l’inverse. Interdire des techniques, c’est toucher à l’essence-même de la discipline. À titre personnel, les changements de règles à répétition m’ont perdue. Dès que tu en avais assimilé une, de nouvelles modifications intervenaient. Moi, j’ai besoin de nouveaux défis et d’être stimulée intellectuellement au sens constructif du terme, pas de calculer par crainte d’une sanction. Avec le MMA, je retrouve cette insouciance et cet instinct qui ont toujours fait ma force.
Est-ce qu’au fond ta carrière de judokate n’a finalement pas réellement pris fin le 27 août 2009, au soir de ta victoire aux mondiaux de Rotterdam ?
[Pensive] Je n’y avais jamais pensé mais peut-être qu’il y a du vrai, oui… Quand tu as été champion, tu sais ce qu’il te faut faire pour le redevenir. Quand tu perds cette flamme, il te faut parfois du temps pour te l’avouer car, même si tu es un peu moins à fond dans le projet, la force de l’habitude peut faire que tu te voiles la face pendant plus ou moins longtemps. Une fois que c’est admis, en revanche, c’est sans retour. Chez moi, le processus a pris plusieurs années car le judo, jusqu’alors, c’était toute ma vie : j’ai commencé à l’âge de 4 ans, à 10 ans j’étais en sport-études, à 21 ans championne du monde...
Le MMA ne fait pas l’unanimité en France et sur la planète judo, or tu es la première championne du monde féminine à faire le grand saut (1). Est-ce que ton pedigree pourrait faire bouger les lignes ?
C’est un peu tôt et surtout ce n’est pas à moi de le dire. Je préfère me concentrer sur mes objectifs. Et puis il ne faut pas oublier qu’en MMA comme en judo, le haut niveau ne représente qu’une infime partie des pratiquants. J’aime cette discipline comme j’ai aimé le judo avant et, si j’ai la conviction que c’est là qu’est ma place aujourd’hui, je sais que seul le premier combat me permettra de me situer vraiment.
C’est peut-être une question qui fâche, mais l’argent a-t-il été un moteur dans ta décision ?
Je n’ai pas de problème à en parler. C’est vrai que tout n’a pas été simple ces dernières années, en particulier par rapport au statut d’auto-entrepreneur que je n’ai pas toujours su gérer. La FFJDA a fini par m’aider sur ce point et, cela, je ne l’oublierai pas. Alors oui il y a de l’argent dans le MMA mais devient-on champion pour gagner de l’argent ou pour gagner tout court ? Ce désir de vaincre, c’est ce qui me fait me lever le matin et il est profondément ancré en moi.
Près de trois ans se sont écoulés depuis l’annonce, le 8 mars 2014, de ta retraite sportive. Que s’est-il passé dans l’intervalle ?
Il me fallait faire le deuil de cette première vie. J’ai eu beaucoup d’opportunités mais j’avais surtout besoin de me poser et d’apprendre un métier. J’avais besoin de faire cette coupure, de trouver mon identité hors judo. Travailler dans la restauration a été une transition active, puisque je cavalais toute la journée – et je cavale encore parfois puisqu’il m’arrive régulièrement de faire des extras… Et puis j’ai commencé à me dire : « Tu sais, peut-être que tu aurais dû… Si jamais tu avais pu… » Ça a fini par me trotter dans la tête au point qu’à un moment je me suis dit : « Arrête de parler au conditionnel, et vas-y ! »
Comment t’y es-tu mise ?
J’ai repris en août 2015. Le premier footing, j’ai arrêté au bout de 12 minutes. Au début, l’idée était de transpirer à nouveau mais hors judo. J’ai fait huit mois de boxe thaï à Montrouge pour aider une combattante dans sa préparation puis, en août 2016, j’ai rappelé Bertrand Amoussou. Il a été l’un de mes entraîneurs au Lagardère et j’avais besoin d’un allié, de quelqu’un qui vient du même milieu que moi, un gars martial. Bref, il était l’homme de la situation.
L’entraînement est très différent du judo ?
En judo, c’est simple : tu as cinquante filles sur le tapis et tu choisis qui tu veux. En MMA tu as environ une fille par club, donc tu prends beaucoup de gars. Il faut se bouger. En fait, tu es comme un triathlète qui se garde ses trois créneaux par jour pour bosser la course, la nage et le vélo. En MMA, tout est important : le pieds-poings, le corps-à-corps, le placement… Le plus important reste la gestion de la distance. En judo c’est 40 cm, en boxe anglaise c’est 1 m, en boxe thaïlandaise 1,40 m. C’est un dosage subtil. À choisir, mieux vaut prendre moins de coups qu’en donner plus et, venant du judo, tu t’aperçois que les projections ne suffisent pas. En MMA il faut neutraliser. Si tu fais lâcher comme au judo, l’autre reprend de la distance et peut te remettre des coups. Il faut identifier tes points forts et tes points faibles, et répéter.
Cogner, pour un judoka, c’est un autre code mental…
La boxe m’attire depuis longtemps, mais c’est vrai que quand je m’y suis mise, j’ai commencé à ressentir des trucs comportementaux que je ne connaissais pas en judo. Une agressivité s’installe et, si tu ne la contrôles pas, elle te bouffe. Maintenant, je reste une compétitrice. Je compte sur mon expérience judo pour gérer l’événement.
Les 16 et 30 décembre derniers, Satoshi Ishii [cf. EDJ55] et Ronda Rousey, deux anciens judokas, se sont fait sévèrement rouster en MMA. Qu’as-tu appris de leurs combats ? Quels écueils majeurs t’ont-ils rappelé ?
Le maître mot, c’est l’humilité. Le tatami et l’octogone sont deux mondes distincts, mais qui ont pour point commun qu’à chaque combat il faut repartir de zéro. Le match d’Ishii m’a rappelé que 3x5 minutes, ce n’est pas 1x5 minutes, et que négliger la caisse et le corps-à- corps sont deux des plus grosses erreurs qui nous pendent au nez à nous autres judokas, au prétexte que nous serions plus armés que les autres sur ces terrains-là. Bosser tes lacunes ne doit pas te faire négliger tes atouts. En MMA, tous les compartiments sont importants, et c’est cela qui rend ce sport si excitant. Quant à Ronda, je l’ai sentie paralysée et statique, malgré son vécu. Elle est une de celles qui m’ont donné envie de me lancer, et aujourd’hui elle me donne matière à réfléchir pour combattre chaque jour plus intelligemment.
À 29 ans, tu sembles déjà avoir vécu plusieurs vies. Rendez-vous dans quelques années pour faire le bilan de celle-ci ?
J’ignore où celle-ci me mène, si je persévèrerai ou si je passerai à autre chose. Il y a deux choses dont je suis sûre en revanche : mes parents sont heureux car ils voient leur fille heureuse, et ce challenge, j’ai envie de le tenter. Alors c’est maintenant, pas dans dix ans. Pour ce qui est de la vie d’après, j’ai eu la chance d’avoir beaucoup appris auprès d’entraîneurs remarquables. Ce savoir qu’ils m’ont transmis – et qui va bien au-delà du tapis – je ne me sens pas le droit de ne pas le transmettre à mon tour. J’ignore encore quand ni quelle forme cela prendra, mais c’est une chaîne que je ne veux pas rompre. D’ici là, l’apprentissage se poursuit, la vie avance et le combat continue.

(1) Si elle a effectivement signé un accord de principe avec WSF, l’une des organisations rivales de l’UFC, l’Américaine Kayla Harrison, double championne olympique 2012-2016 et championne du monde 2010 n’a, pour l’heure, « pas officiellement programmé de combat ».

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