15:14 01 jul

Les inédits du mag : Lukas Krpalek, le monument tchèque

Rencontre, chez lui, à Prague avec celui qui veut détrôner Riner

Lukas Krpalek, champion olympique des -100kg et candidat de plus en plus crédible à un nouveau podium olympique en 2020 chez les lourds comme il l'a démontré lors de sa formidable "baston" avec Teddy Riner lors du Grand Prix de Montréal. C'est à lire dans L'Esprit du Judo actuellement en kiosques. Avec, en guise d'inédit, de quoi situer le personnage. Un homme d'envergure.

D’un leader aimé
La scène date d’il y a cinq ans. C’était en avril 2014, aux Europe de Montpellier. Vainqueur la veille de son deuxième titre d’affilée en -100kg, Lukas Krpalek avait été laissé au repos par Petr Lacina pour l’épreuve par équipes du dimanche. L’occasion de se prélasser à l’hôtel ou au club de vacances Belambra où étaient logées la plupart des délégations ? C’était mal connaître l’engin et sa haute idée du point d’honneur. Assis au premier rang de la tribune surplombant le tatami où ses coéquipiers enchaînent poussivement face à la Grande-Bretagne, la Géorgie, l’Ukraine puis l’Allemagne, la valeur sûre du judo tchèque franchit un cran dans son statut : il est ce jour-là le véritable sixième homme de cette équipe de cinq. Ses encouragements les yeux exorbités et les cordes vocales au bord de la rupture font sourire l’Italien Ezio Gamba ou le Biélorusse Natik Bagirov, assis une rangée derrière. Pour Lukas, c’est aussi la dernière compétition de son frère aîné Michal, 25 ans seulement mais les épaules et les genoux minés par de multiples opérations. Et même si l’équipe ne fera pas de miracle, l’investissement total et le son rauque ininterrompu des encouragements du « grand » auront marqué ses voisins immédiats ce jour-là. Ainsi que ses coéquipiers en contrebas, qui prendront le temps d’un signe de tête dans sa direction à chaque sortie de tapis.


Un dimanche soir à la patinoire pour Lukas Krpalek et les judokas de l'USK Prague
©Anthony Diao/L'Esprit du judo

Moments Herta.
Cinq ans plus tard, à Prague, c’est une partie de hockey sur glace entre judokas de l’USK Prague un dimanche soir qui donnera une idée de la place qu’occupe à présent le néo +100kg dans le collectif tchèque. Un collectif joueur - ils se sont floqués eux mêmes leur tenue avec des surnoms et des numéros private joke comme ce dossard "3,14" porté par l'un des frères Knapek, le scientifique du groupe apparemment - et responsabilisé par son entraîneur, qui a décidé une fois pour toutes de les laisser s’éclater sans lui (même si le virus le reprend parfois lui aussi) avec cette pratique pourtant risquée, mais dont le principal mérite est surtout de rebattre pendant 1 h 30 les cartes de la hiérarchie du tapis. Comme les longs déplacements par la route pour Mittersill, Düsseldorf et la plupart des tournois d’Europe centrale, ce huis clos hebdomadaire vaut tous les team buildings du monde… Leader par les résultats en judo, Lukas est aussi le plus vite habillé puis douché dans le vestiaire et le premier à pénétrer l’arène. C’est aussi lui qui, spontanément, vient prêter sa crosse en riant au journaliste de passage, comme il l’avait fait l’an passé avec le Japonais Takato, initié sur un lac gelé au lendemain de l’Open de Prague. Sur la glace, ses prises d’initiative et son sens de la passe en disent long sur son leadership au quotidien. Lors des situations d’attaque, il prend ses responsabilités sans trembler et déclenche le tir même de loin, histoire de faire bouger les lignes. En contre-attaque, il se rend disponible ou embarque un maximum d’adversaires avec lui, avant de glisser le palet dans la course à un coéquipier mieux placé. En défense, ses grands segments lancés à pleine vitesse font peur et il en joue en doublant ses percussions de cris déstabilisants qui font marrer tout le monde. Sur le banc, il poursuit ses encouragements et son art de la chambre, célèbre avec emphase les buts de ses coéquipiers voire même ceux de ses adversaires, et n’hésite pas à sortir ou remplacer tel camarade en manque de temps de jeu ou au contraire rincé par l’effort fractionné… Inutile de chercher à comprendre pourquoi tant de monde l’attendait à sa descente d’avion à son retour des Jeux de Rio, ni pourquoi tant de célébrités tchèques se sont fait photographier depuis à ses côtés : l’enfant de Jihlava ne recherche pas la lumière. Il l’attire. AD

 

Lire aussi l'article "D'un championnat national" ici, ainsi que la version intégrale traduite en anglais de l'article paru dans l'EDJ81.

 


(Photo vignette : Paco Lozano)

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