8:40 24 avr

"Le Japon au bord de l'implosion"

Propositions pour le judo japonais par Koh Aburaya

« L’échec du Japon aux Jeux de Londres est un échec structurel. Le judo japonais doit accepter la diversité. La géopolitique du judo a évolué. Une idée pourrait être d’accepter d’être entraînés par un entraîneur étranger, comme les Russes l’ont fait avec succès en faisant appel à l’entraîneur italien Ezio Gamba. Les récentes affaires (Sonoda, Uchishiba, les suicides d’étudiants…) ne sont malheureusement pas les points les plus importants. L’organisation ne changera pas tant que les personnes n’auront pas changé. Rien ne changera tant que le Président n’aura pas changé. Il y a quelques semaines j’ai formulé par écrit des propositions pour le judo japonais. Ces propositions pourraient se synthétiser comme suit :           

Changer maintenant. Les couleurs des tapis du Grand chelem de Paris m’ont étonnées. Si nous continuons comme cela, le judo va devenir un divertissement et les tatamis ne tarderont pas à devenir roses… Si le judo japonais ne change pas maintenant, il ne changera jamais. Le changement doit se faire à trois niveaux : au niveau des personnes, au niveau du fonctionnement de l’équipe nationale et au niveau de la Fédération.       

Retrouver de l’influence au sein de l’IJF. Récemment il y a eu au Japon des problèmes de maltraitance des athlètes. Cela concerne le judo ainsi que d’autres sports. S’il ne faut bien sûr pas minimiser ces faits qui sont abondamment commentés au Japon, cet aspect reste une toute petite part du problème du judo japonais. Pour moi, le problème essentiel est qu’il n’y a pas de représentants japonais parmi les dirigeants de l’IJF. Les Japonais n’ont pas le droit à la parole. Si nous restons comme cela, la situation va devenir lamentable, misérable. Le pire est que la Fédération japonaise ne fait rien pour récupérer de l’influence au sein de l’IJF. Que pouvons-nous faire ? J’aime le judo et j’aime le Japon. Je voudrais exposer directement les problèmes et faire des propositions. Ce n’est pas le moment de chercher les fautifs au sein du judo japonais. L’urgence, c’est qu’il faut que le plus de monde possible se sente concerné. Nous voyons où l’IJF veut nous emmener et il n’y a personne dans le judo japonais pour réagir. Il faut donc changer les gens de la fédération japonaise.       

Le Japon souffre d’un manque de personnes formées aux réalités de l’international et de la gestion. Athlètes, entraineurs, dirigeants sont trois fonctions différentes, qui impliquent des compétences et des qualités différentes. Or au Japon la tendance est à ce que les athlètes deviennent entraineurs, puis à ce que les entraineurs deviennent des dirigeants... Avoir été un bon athlète et être un bon entraîneur sont deux choses complètement différentes. Et être un bon entraîneur ne signifie pas être un bon dirigeant. La Fédération japonaise a besoin de managers professionnels. Les gens de la Fédération et du Kodokan doivent se former à la gestion. C’est le problème essentiel du judo japonais. Il faudrait des gens ayant travaillé à l’extérieur du monde du judo. Des personnes ayant un sens de la gestion et étant capables de s’affirmer auprès de l’IJF. Pour être dirigeant, il faut posséder un certain nombre de qualités : avoir le sens de l’international, le sens patriotique, une connaissance de l’histoire, une connaissance des langues - au moins l’anglais. Force est de constater que malheureusement nous ne disposons pas de ce type de personnes, ni de systèmes de formation en mesure de les amener à cela.       

Réorganiser, mode d’emploi. Nous devons faire appel à de grands dirigeants d’entreprises. Cela nous permettrait de séparer la partie gestion de la Fédération de la partie judo. La partie judo (technique, entraînement, compétition) doit être gérée par des judokas. Pour la partie gestion je pense à des personnes comme MM. Okuda et Sakane, respectivement anciens présidents de Toyota et de Komatsu. Tous deux sont à la retraite et ont œuvré pour le judo lorsqu’ils étaient en fonction. Ils seraient sans doute disposés à rendre service au judo japonais et leur envergure internationale les rend indiscutables. Dans cet organigramme, M. Yamashita ferait un excellent chef des entraîneurs d’autant plus que M. Okuda et lui ont co-écrit un livre ensemble. Il y aurait une relation de confiance entre eux. Dans le même ordre d’idées, Kaori Yamaguchi aurait tout à fait sa place du point de vue de la diversité. 

L’argent, nerf de la guerre. L’argent nécessaire à ces réformes ne doit pas être demandé à l’Etat ou aux sponsors institutionnels. L’argent doit venir du business du Kodokan. Je pense par exemple à la fabrication et à la vente de DVD pour les arbitres. Bien qu’il y ait souvent des changements de règles, ce genre de DVD n’existe pas. Les arbitres  A B C devraient être obligés de les acheter. Dans le même ordre d’idées, j’ai constaté lorsque j’étais entraineur en Nouvelle-Zélande que les gens rêvaient d’avoir un grade du Kodokan. Cela permet d‘une part d’avoir de l’influence à l’étranger, mais aussi des revenus.       

L’ouverture, la clé. Il faut favoriser les échanges entre les jeunes judokas japonais et étrangers, pour apprendre la technique, la langue et la culture de l’autre. Il faut favoriser l’obtention de bourses. Grâce à cela, les judokas japonais pourront apprendre le chinois, le russe, l’espagnol, le vietnamien. Il faut pour cela des échanges assez longs, un an minimum – pour mon travail, je suis par exemple parti cinq ans en Russie pour me former… A l’arrivée, si les jeunes possèdent le judo mais aussi des langues étrangères et une connaissance de l’étranger, ils seront plus aptes à trouver du travail. Cela permettrait également de former des judokas étrangers parlant le japonais et aimant le judo japonais. Cela renforcerait l’influence du Japon dans l’IJF. »

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