20:36 17 oct

La colère de Loic Piétri ravive les tensions

Le judoka de l'OJ Nice publie une lettre au comité de sélection

On pouvait effectivement s'étonner de la clause totalement inédite qui conditionne la participation de Loic Piétri au Grand Slam de Tokyo (2-3 décembre) à savoir une victoire aux championnats de France 1re division (18-19 novembre). Une condition en forme de couperet, et un peu baoque dans l'esprit, imposée par le comité de sélection au triple médaillé mondial de 27 ans en -81kg, titulaire crédible pour les années à venir en -90kg. A-priori, cette clause étrange, mais aussi la sélection elle-même sans concertation avec le combattant,  ne passent pas. Contacté par nos soins ce matin, le Niçois nous faisait part de ses doutes et de ses interrogations sur l'opportunité de cette sélection en particulier du fait de son état de forme actuel :"Je ne comprends pas pourquoi on me ferait faire Tokyo alors que je reviens de blessure ! Ni pourquoi le comité de sélection se paie le luxe de mettre "sous réserve" alors que les résultats actuels sont calamiteux. Je ne comprends pas la logique sportive du comité de sélection et j'en viens à me demander si il s'agit d'incompétence ou bien si c'est de la malveillance politique". Un discours que le champion du monde 2013 réitère et développe dans un long post publié il y a une heure sur sa page Facebook : 
"Lettre ouverte au comité de sélection :
Le comité de sélection demeure un grand mystère pour les judokas. On ne sait jamais qui prend les décisions car les personnes qui y participent rentrent dans une espèce de boîte noire dont sortent des décisions à la logique contestable et qui ne sont accompagnées d’aucune justification. Il est donc compliqué, dans ces conditions, d’avoir une discussion. C’est pour cette raison que j’ai choisi d’écrire une lettre ouverte et de donner ma vision des choses avec le plus de sincérité et d’honnêteté possible. Même si habituellement, je n’aime pas étaler mon palmarès. Je me dois de vous rappeler mon parcours car j’ai l’impression que les difficultés que je rencontre actuellement vous ont vite fait oublier les résultats que j’ai pu obtenir au sein de cette équipe de France. Lors de la saison 2016-2017, j’ai enchainé 3 entorses aux genoux qui m’ont chacune obligé à arrêter 3 mois, et qui, pour la première m’a mis en grande difficulté pour préparer les JO. Les blessures à répétition m’ont fait rentrer dans ce qui est à ce jour l’épreuve la plus douloureuse de ma carrière. Je suis actuellement toujours en difficulté à cause de ma dernière entorse du genou qui suite à des complications prend plus de temps que prévu à guérir. Cet été, vous m’avez sélectionné pour les Championnats du Monde par équipes et le Grand prix de Croatie alors que je n’avais même pas encore repris le judo. Cela montre, à quel point, vos décisions sont précipitées et déconnectées des réalités du tatami. L’honneur de représenter mon pays dans un championnat officiel pouvant justifier une prise de risque. J’ai donc accepté avec un genou instable de participer aux championnats du monde par équipes alors que je n’avais que 4 semaines d’entrainement dans les « pattes» et que j’étais dans l’incapacité de réaliser la moitié de mon système d’attaque. Lors de ce championnat, j’ai disputé un combat serré que j’ai perdu au golden score en partie car je manquais de « caisse ». J’ai donc constaté sans grand étonnement que je n’étais pas assez entrainé et que mon genou m’empêchait toujours d’attaquer convenablement.Comme je n’étais pas prêt et que j’avais toujours mal, j’ai donc décliné la seconde sélection pour le Grand prix de Croatie afin d’effectuer une reprise progressive et laisser le temps à mon genou de guérir. Hélas, récemment, j’ai retiré sur mon ligament et je peine toujours à m’entrainer normalement. Et là… (Roulement de tambour) Je viens d’apprendre ma sélection pour le Grand Slam de Tokyo et j’ai remarqué que l’on m’avait fait une faveur toute particulière (inédite) en me sélectionnant sous réserve de ma victoire au championnat de France. Je ne sais pas si je dois y voir une marque de considération de la part des sélectionneurs… Ou bien un chantage minable auprès d’un un athlète en difficulté qui enchaine les pépins de santé.Je ne pense pas qu’il soit judicieux de reprendre avec le plus gros tournoi du monde (Grand slam de Tokyo) quand on commence sa saison, de surcroît, quand on revient de blessure. Il me parait bien plus logique de participer à des tournois de niveau moins élevé. J’ai trop souvent du mal à comprendre la logique sportive des décideurs. J’ai l’impression que le comité de sélection souhaite régler une vieille rancune car je n’ai pas participé aux championnats de France les années précédentes. Peut-être que ce n’est pas un hasard si je comptabilise sur huit ans 11 médailles en championnats d’Europe et du Monde. Dont huit en individuel. Peut-être ai-je réussi à me préserver de saison à rallonge. J’ai souvent pris le temps de me refaire une santé durant cette période car il fallait avoir des priorités. La mienne, c’était les compétitions internationales, peut être auriez- vous préféré me voir 8 fois médaillé aux championnats de France ? Alors j’ai des questions :

- Pourquoi un traitement différent dans le mode de sélection à mon égard jamais utilisé à ce jour ?
- Combien de temps allez-vous encore essayer de me faire reprendre trop vite ?
- Quand allez-vous proposer des programmations individualisées qui correspondent aux besoins des athlètes ?
- J’ai entendu la direction technique national dire que l’on ne s’entraine pas assez alors comment expliquez-vous les blessures à répétition des titulaires de l’Equipe de France ?

Le comité de sélection devrait arrêter de se prendre pour le japon qui a un niveau national proche du niveau international et qui est le seul pays à pouvoir se permettre d’avoir peu de progressivité dans la programmation de ses compétitions internationales. C’est aussi le seul pays ou un champion national à le niveau mondial. La France ne retrouvera sa place parmi les grandes nations du judo masculin que si elle arrive à communiquer avec les athlètes pour mettre en place des PROGRAMMATIONS plus progressives et individualisées qui prennent en compte l’humain. Le niveau international de s’atteint pas en un jour, il faudra avoir une vision à long terme pour faire progresser une équipe de France masculine digne de ce nom. Les résultats des derniers mondiaux en sont une des conséquences ; qui en sont les responsables : les athlètes, les entraineurs ou la commission de sélection ? La vérité est certainement plus nuancée que tout ce que j’ai pu entendre jusqu’à présent. Il existe sans aucun doute une solution mais seulement si le problème est bien posé avec les différents acteurs".
Loïc PIETRI

La fin de la grève et l'accord trouvé mardi dernier semblait avoir apaisé les choses. Cette colère spectaculaire de celui qui reste, il ne faut pas l'oublier, le dernier champion du monde masculin français (hormis Teddy Riner) montre que les braises sont encore brûlantes et que l'incendie peut reprendre au moindre souffle. 
 

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