8:46 18 avr

Hommage à Monsieur Guy Pelletier

Deux ans ont passé depuis son décès

Une vie de judo, un professeur unique. Ce monument du judo français nous a quittés il y a déjà deux ans. L’hommage de l’un de ses élèves et assistants, André Andermatt.

« Avec la disparition de Monsieur Guy Pelletier, c’est une page de l’histoire du judo qui s’est tournée. Pionnier du judo français, il était le 7e ceinture noire de France, mais cela n’est rien par rapport au parcours effectué par ce grand Monsieur du judo. C’est son ami Jacques Laglaine, ceinture marron du club franco-japonais où enseignait Mikinosuke Kawaishi qui lui avait donné l’envie de pratiquer le judo. Une belle inspiration…

Il débute en 1940 à 19 ans au Jujitsu Club de France avec Moshe Feldenkrais. Au départ de ce dernier, contraint de fuir à cause de la guerre, Guy Pelletier continue le judo avec Mikinosuke Kawaishi (4e dan du Kodokan) qui lui décerne la ceinture noire 1er dan et l’autorisation d’enseigner en 1945. Là commence son évolution dans l’étude et la connaissance du judo. Alors que Mikinosuke Kawaishi n’enseignait pas la méthode de Jigoro Kano, Guy Pelletier rencontre Ichiro Abe (alors 6e dan envoyé par le Kodokan), et, avec lui, découvre un judo différent, le judo de maître Kano. Monsieur Abe demande aux enseignants qui suivent ses cours d’oublier ce qu’ils ont appris, pour s’imprégner de la méthode Kodokan, puis leur donne l’autorisation de la divulguer. Monsieur Pelletier sera toujours à l’étude de cette méthode et cherchera toujours à se perfectionner. Il n’arrêtera jamais son travail de recherche. Il y a encore quelques années, nous nous entraînions ensemble avant son cours de professeurs du mardi matin. Il avait 80 ans passés…

La méthode Pelletier

Pour faire valoir le judo de Kano, fut créée, en 1954, l’Union Fédérale Française d’Amateur du Judo Kodokan (UFFAJK). Cette nouvelle méthode et celle de Kawaishi s’affrontent. Guy Pelletier prendra fait et cause pour l’UFFAJK et en sera l’un des principaux responsables. En 1956, la fusion de l’UFFAJK et de la FFJJ donne la création de la FFJDA (méthode de judo Française). M. Pelletier portait haut les valeurs du judo et a marqué plusieurs générations de judokas. Il était intransigeant, il avait la connaissance du judo du Kodokan. Développant les valeurs du judo de Kano, il a souvent été mal compris par ceux qui pensaient seulement aux résultats en compétition. Certains se sont éloignés de ce judo, mais lui s’est longtemps battu pour que la France y adhère. La France imposant sa méthode de judo, et non la méthode Kodokan, Guy Pelletier avait donc, paradoxalement, davantage de responsabilité au niveau mondial qu’au sein de la fédération française. Au final, sur les conseils de son professeur, il a continué à développer le judo Kodokan pour ceux qui voulaient l’étudier. Sans chercher à l’imposer aux autres…

Guy Pelletier a été membre de l’équipe de France dès 1947. En tant qu’enseignant, il a formé 1600 ceintures noires du 1er au 9e dan. Des combattants de valeur comme Gruel, Mallet, Poncet, Rossin, Brondani, Hocde, Villiers, Chevalier, Nalis, pour ne citer qu’eux – la liste serait trop longue. Des élèves devenus des enseignants marqués par la touche du maestro. Après avoir été arbitre mondial (en 1961, il arbitre la finale du championnat du monde, lorsque Geesink devient champion en battant pour la première fois les Japonais), il était devenu instructeur mondial d’arbitrage continuant à promouvoir une certaine idée du judo. Juan Carlos Barcos, l’actuel patron de l’arbitrage du judo mondial, le considérait comme son professeur.

Malgré sa popularité, il restait toujours humble et ne cherchait pas à se mettre en valeur. Je me souviens par exemple de cette anecdote : Ichiro Abe était en Belgique et nous avions fait le voyage pour assister à ses entraînements. À notre arrivée, de nombreux Belges vinrent accueillir Monsieur Pelletier dont Robert Van De Walle. Lors du salut, Ichiro Abe invita Guy Pelletier à venir se placer à côté de lui. Celui-ci refusa.

Monsieur Guy Pelletier nous a quittés, nous, les fils de ‘‘Satan’’ et quand le maître n’est plus là, ses samouraïs deviennent des rônins ».          

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