10:44 01 fév

Gare à la "Drrream Team" russe

Au XVIe siècle, l’Invincible Armada partie à la conquête de l’Angleterre battait pavillon espagnol. En 2012 à Londres, chez les masculins, elle pourrait bien arborer les trois lignes horizontales du drapeau russe. Une blanche pour le tsar, une bleue pour le ciel et une rouge pour le peuple. A la tête de cette flotte talentueuse, un poison nommé Gamba, amiral secondé par les anciens champions Vitaly Makarov chez les légers et Khasanbi Taov chez les lourds – le -90 Kirill Denisov étant pour sa part suivi par Dmitry Morozov. Depuis le succès de la campagne de Tbilissi en 2009, les troupes russes vouent en effet un respect sans bornes et une confiance totale à Ezio Gamba [lire à cet égard l’entretien avec Tagir Khaybulaev, champion du monde en titre des -100 kg, dans le dernier EDJ]. L'ancien champion olympique italien avait eu carte blanche au lendemain de la berezina de Pékin (zéro médailles pour l'équipe russe, un fiasco historique). Il lui aura bien fallu ça, ainsi que de sérieuses notions de diplomatie et de psychologie, pour gérer la concurrence folle dans certaines catégories. En -66 kg, les Russes sont n°1 et n°2 mondiaux à la ranking list. Et c’est le n°2 Musa Mogushkov qui tirera ce dimanche à Londres contre l'Azéri Karimov. Pourquoi lui ? Parce qu'il a su ramener une médaille mondiale l’an dernier à Paris, ce que son rival Alim Gadanov, roi sans couronne pourtant intraitable en tournois et même champion d’Europe cette année à Chelyabinsk, n’a jamais réussi à faire depuis Rio 2007 (5e à Pékin). Même casse-tête en -81 kg, où le champion du monde 2009 Ivan Nifontov, 7e mondial à la peine depuis deux ans, a été préféré à Sirazhudin Magomedov, 6e mondial et double champion d’Europe 2010 et 2012. La sélection politique d’un « Russe » pour rééquilibrer l’hégémonie caucasienne au sein de la « Drrream team » ? C’est en tout cas ce qui se murmure en coulisses. Et ce n’est pas la défaite d’Ivan l’ex-Terrible face au 62e mondial espagnol Adrian Nacimiento Lorenzo à la World Cup de Madrid début juin qui va dissiper le malaise… De malaise, il n’y en eut guère en -100 kg, autre catégorie pourtant indécise. Battu en 59 secondes par Tagir Khaybulaev en quarts de finale des championnats du monde à Paris, Sergey Samoylovich aurait pu profiter du semestre de blessures de son rival pour le détrôner in extremis. 1er à Tokyo en décembre, 3e aux Masters en janvier, il ne lui manquait plus qu’une perf aux Europe. Las, sa 7e place à Chelyabinsk sonna le glas des espérances olympiques du n°4 mondial. Place à Tagir, donc, diplômé d’économie de l’Université de Samara, cinéphile, fou de rugby, de karting et de snowboard. Et accessoirement excellent judoka.
 
Alexandr Mikhaylin – Le tsar est dans les starts 
La quatrième semble être la bonne. A quelques jours de ses 33 ans, Alexandr Mikhaylin devrait disputer le 3 août ses premiers Jeux olympiques. Barré à Sydney, Athènes puis Pékin par son éternel rival national Tamerlan Tmenov, aujourd’hui retraité, le triple champion du monde affiche une forme étincelante aux dires de ceux qui l’ont aperçu en juin au stage de Biélorussie. Le public français l’avait laissé sur deux finales électriques perdues face à Teddy Riner, fin 2008 aux Championnats du monde toutes catégories à Levallois et en février 2009 au Grand chelem de Paris – comment oublier l’image de ces deux hommes se rapprochant dangereusement au moment du salut final, comme jadis Henry Fonda et Charles Bronson dans Il était une fois dans l’Ouest ? A l’époque, l’agressivité juvénile du champion français était très mal passée auprès de son aîné de dix ans et du clan russe, au point que Mikhaylin émit alors par voie de presse le souhait de ne plus avoir à rencontrer Teddy en France. « Heureusement qu’Alexandr est un gars plutôt calme. Ça aurait eu lieu aux championnats de Russie, ça se serait terminé en bagarre, c’est sûr et certain » rapporte un de ses compatriotes, présent au bord du tapis ce jour-là. Les deux hommes auront-ils l’intelligence de s’en expliquer un jour ? Pas épargné par les blessures, Mikhaylin se fit ensuite très discret pendant un an et demi. Il faudra attendre l’automne 2010 et deux échos lointains de ses victoires en Suède et en Finlande pour comprendre que le phénix était de retour. S'il a depuis soigneusement évité de croiser la route de Teddy, les preuves de son engagement et de sa motivation sont tangibles. Le 27 août 2011, son o-soto gari victorieux au premier tour des championnats du monde face au vice-champion olympique Tangriev arracha en tribunes ce commentaire à son coéquipier, le -73 Mansur Isaev : « C’est la première fois depuis trois ans que je le vois marquer ippon sur une projection, c’est-à-dire gagner sur autre chose que par des pénalités ou sur ses anciens ramassements de jambe. » Ce n’est pas Barna Bor qui dira le contraire. En finale des Europe fin avril à Chelyabinsk, le sculptural Hongrois n’a pas mis 40 secondes pour se faire soulever par le uchi-mata circulaire du Russe. La joie de ce dernier fut pourtant toute en retenue, déçu qu’il était de ne pas avoir eu cette fois l’occasion d’affronter Teddy chez lui, en Russie… Londres pourrait être l'écrin de leurs retrouvailles. Vu le tirage au sort, elles pourraient avoir lieu en finale. Si le terrain paraît neutre, la guerre s’annonce… froide.

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