9:37 29 mai

Dojos du monde : JC Samedan, sur le toit de la Suisse

À 1700m d’altitude, isolé dans les Grisons…

À 1700m d’altitude, le club des Grisons est le plus haut de la FSJ. Un enclavement qui ne saurait éteindre un club trentenaire ni étouffer la foi de quelques-uns. La passion du judo comme seul leitmotiv.


À bord du Rhätische Bahn qui serpente jusque vers Saint-Moritz - Photo : Robert Danis / www.judopassion.ch

À trois heures et demi de Zurich par le train régional qui longe d’abord par le Zürichsee et le Walensee laissant, au château de Sargans, l’Autriche à gauche et l’Italie à droite pour entrer dans la vallée de Chur avant de serpenter, cette fois à bord du Rhätische Bahn sur des rails qui rétrécissent, vers Tirano, Samedan s’annonce, quelques viaducs plus loin. Enneigée, ensoleillée aussi, au pied de la très chic Saint-Moritz où la saison de l’or blanc battait son plein il y a encore peu de temps. Manuel Martin et Jurg Margadant accueillent sur le quai de la gare. Comme si la ligne venait s’y échouer, le dojo est à 200m. Un abri anti-atomique aux deux portes blindées, négocié depuis cinq ans pour un prix modique auprès de la municipalité. Une cinquantaine de mètres carrés, les 16 Dojo Regeln placardées près de l’entrée, une progression des 3e, 2e et 1er kyu affichée sur un mur, un joli portrait de Jigoro Kano peint sur l’autre… Même sans lumière naturelle, l’endroit est chaleureux. « C’est surtout une belle satisfaction d’avoir enfin eu un lieu à nous », explique Jurg, 63 ans, secrétaire du club « seulement » ceinture orange, mais ancien militaire passé notamment par le Maroc, la Bosnie et Israël qui a toujours pratiqué le close-combat.

Le dojo ? C'est par là ! - Photo : Robert Danis / www.judopassion.ch

« Longtemps, il fallait en effet monter et démonter les tapis à chaque entraînement car nous étions dans la halle multisports. Et nous ne pouvions nous entraîner qu’une fois par semaine. Ici, la seule contrainte est de devoir libérer l’abri en cas de guerre, mais bon…», s’amuse le moustachu en romanche. Désormais, les jeunes s’entraînent le jeudi de 18h à 20h avant que les adultes ne montent sur le tapis à leur tour, et chaque mardi, place à un cours compétition. « Pour seulement vingt-et-un enfants et sept adultes », s’excuse presque Manuel Martin, à la fois président et professeur du club depuis quatre ans. Formé à Altdorf après avoir débuté le judo à 5 ans, cet Espagnol de naissance arrivé dans les Grisons en 1998 et employé, comme Jurg, à l’aéroport de Samedan, a voulu poursuivre l’œuvre de Claudio Mosca, décédé en 2011. Un club fondé au début des années 80 par ce dernier. Peter Brodmann, retraité à Hauptwill et qui avait débuté le judo en 1967 au JC  Olten, se souvient : « Saint-Moritz avait son club en 1983, mais Claudio a fondé le sien en même temps que celui de Schultz à 30km de là. Je suis arrivé en 1987 et nous faisions des entraînements dans les deux clubs. Mais en en montagne, cette distance, fut souvent une vraie aventure en hiver. Nous avons eu jusqu’à une cinquantaine d’élèves ».

Insularité alpine

Si le développement du club paraît difficile à ses deux dirigeants dans une ville de 2800 habitants ou les gamins sautent plus volontiers sur leurs planches de snowboard à la sortie de l’école qu’ils ne mettent le judogi et où la population féminine n’ose pas vraiment franchir les portes du dojo, l’isolement n’empêche pas Manuel de tenir le cap. « Nous manquons de partenaires, mais avons une ceinture marron avec Valentina Fürst qui a 17 ans. Il y a aussi mon plus jeune fils, Alexander, ceinture verte. Ce serait beau qu’un jour, cette génération devienne la première ceinture noire de notre projet. Mais, pour cela, il faudra préparer le kata et aussi aller en compétition, parfois loin, avec des trajets coûteux. Le club a accueilli les championnats des Grisons il y a deux ans. Nous pouvons aller à Saint-Gall ou Cuch – où nous avons d’ailleurs fait quatre médailles pour six enfants engagés le week-end dernier, mais, pour les compétitions à Zürich ou Lausanne, c’est compliqué… »


Gardiens du temple et de lm'abri anti-atomique - Photo : Robert Danis / www.judopassion.ch

Une forme d’impasse qu’Alexandre pourrait bien dépasser, tant il semble enthousiaste du haut de ses 14 ans, les mains sur les hanches et sa ceinture verte, après avoir fièrement collé son tani-otoshi et son o-goshi à son père. « Franchement, je me dis que je suis chanceux de connaître ça. Mes copains font du ski ou du snow, mais moi aussi, et j’ai le judo en plus. Et puis, au moins, sur les pistes, je sais chuter ! » Jurg partage cet engouement, lui qui participe aussi à quelques cours de krav-maga mis en place par le club et qui rassemble une dizaine de personnes. « J’avais fait du judo à 17 ans, puis beaucoup d’autres sports. Quand j’ai été élu comme secrétaire, je me suis dit que je devais aussi être sur le tapis ». Un engagement sincère et partagé. « J’ai commencé le judo à 5 ans, j’ai fait du karaté, du taekwondo, mais, au judo, il y a autre chose. Tenir ce club, ce n’est pas forcément très rationnel, mais le judo est la passion de ma vie », glisse Manuel, 47 ans et un joli enchaînement ippon/o-uchi-gari.

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