22:20 18 oct

CM juniors 2019 - J3 - Féréol, abnégation payante

Médaille de bronze pour la Française en -70kg

Voilà un jeudi qu’on oubliera pas. À l’heure d’écrire ses lignes, le bonheur d’avoir vécu une excellente journée de judo ne s’est pas dissipée et contraste magnifiquement avec le morne mercredi vécu hier. Grâce bien sûr à Morgane Féréol et sa médaille de bronze. Grâce aussi aux trois formidables combattants géorgiens en -81kg et -90kg, Vladimir Akhalkatsi, Lasha Bekauri et Tato Grigalashvili. Grâce, encore, à l’Allemand Mai en -90kg, s’offrant le bronze face au Japonais Mashiyama dans un combat jusque-là à sens unique. Bref un jeudi enivrant. On vous raconte tout.

Féréol a serré les dents


Morgane Féréol, victorieuse de son premier combat au sol. Crédit photo : L'Esprit du Judo

A peine descendu du podium que le staff féminin, Stéphane Traineau et les copines de l’équipe dont Shirine Boukli et Ophélie Vellozzi viennent la féliciter. Alors qu’Amina Abdellatif lui glisse quelques mots à l’oreille, les yeux de Morgane Féréol commencent à s’embuer.
Car c’est le premier point à retenir de cette journée : la France compte désormais deux médailles mondiales. Aujourd’hui, la judokate de l’AJA Paris XX a été chercher du bronze mondial en -70kg. Une très belle surprise pour une judokate, junior 2e année, blessée à la cheville gauche avant les championnats d’Europe (ligaments touchés). Avec finalement peu d’entraînement dans les jambes – elle n’a vraiment repris que sur le stage de Strasbourg, au début du mois – la championne de France 2019 réalise une journée ponctué de quatre combats où elle n’aura cédé que face à la Russe Taimazova, future vice-championne du monde. Une performance marqué du sceau de l’abnégation, car, comme elle l’expliquera après son podium, l’appréhension vis-à-vis de blessure, encore douloureuse, l’étreignit dès le premier combat et ne la lâcha pas jusqu’à ce combat pour le bronze où elle mena rapidement face à la Géorgienne Tchanturia. Un avantage qu’elle conserva jusqu’au bout, ne faisant pas l’erreur d’aller tourner le dos face à une adversaire n’attendant que cela pour lancer son ura-nage. A 80 % de ses capacités et manquant parfois de constance comme elle l’analysait à chaud, Féréol a su intelligemment profiter de sa qualité, très rare, à faire du judo des deux côtés pour épargner sa cheville faible. Une preuve de cela ? Le uchi-mata d’école à gauche qu’elle met à la Kazakh Narynova en repêchage. Épargné d’un combat au 1er tour – la Taiwanaise n’était plus dans le tableau ce matin – la Française a donc saisi sa chance avec abnégation, en serrant les dents et en maximisant ses qualités pour monter ce podium mondial juniors que sans doute peu de gens pensaient lui être prédestiné ce matin. Une performance édifiée dans la douleur. Ce qui donne à celle-ci d’autant plus de valeur. Seconde médaille mondiale consécutive dans cette catégorie après le bronze de Candice Lebreton aux Bahamas.
Dans cette catégorie, c’est la Japonaise Mami Asahi, 18 ans, qui offre au Japon son second titre avec l’or de Wakana Koga en 48kg. Une judokate du lycée de Toin (l’un des plus forts du Japon) dont c’était seulement la seconde compétition internationale après le tournoi d’Autriche début juin.
Très rapide au kumikata, Asahi retrouvait en finale la Russe Madina Taimazova, championne d’Europe juniors en 2017 mais dont on attendait la confirmation depuis au niveau mondiale. Donnant l’impression à chaque début de séquence d’être franchement indolente (certains diront « molle »), Taimazova produit pourtant des séquences très fortes : Ai Tsunoda, championne du monde cadette il y a trois semaines et vice-championne d’Europe juniors il y a un mois en fut la victime au premier tour sur uchi-mata. Mais face à Asahi, la Russe ne trouva jamais la solution, se faisant même contrer sur une attaque mal préparée et punit aussitôt d’un waza-ari avant de subir un uchi-mata à gauche où elle atterrissait sur la tranche. En bronze, à côté de Morgane Féréol, l’Allemande Marlene Galandi, troisième aux championnats d’Europe l’année dernière et victorieuse, pour l’anecdote, de Morgane Féréol en finale des championnats d’Europe cadets 2017.

Abuashvili, Damier et Caroly battus
En 81kg, Giga Abuashvili (Stade Bordelais Judo), vice-champion de France 1re division 2018 commençait très solidement sa compétition. Au premier tour, il concassait l’Arménien Shatveryan plaçant un sumi-gaeshi qu’il ne lâchait pas pour garder son adversaire en immobilisation. On se disait que le combat suivant serait une excellente occasion de revanche face au Britannique Moorhead qui avait battu le Français au premier tour des championnats d’Europe pas franchement évidente. De combat, il n’y a pas eu tant Abuashvili domina son adversaire. Deux waza-ari sur des mae-sutemi-waza face à un adversaire juste dépassé. En 1/8e, le Tricolore l’opposition grimpa de plusieurs crans avec le Géorgien Tato Grigalashivili, champion d’Europe juniors en titre, 3e au GP de Croatie et vainqueur du GP de Hongrie cet été. Un garçon, passé par le Grand-Quevilly Judo, déjà médaillé mondial juniors en 2017 dans la catégorie inférieure. Un judoka déjà très aguerri aux joute mondiales et qu’on sentit très tranquille, à la limite parfois de la suffisance ce matin. Mis en danger par les tentatives d’arraché d’Abuashvili, Grigalashvili s’en sortait pourtant sans dommage et sur une sortie d’attaque du Français profitait d’un léger déséquilibre de son adversaire pour le plaquer sur le dos.
En -90kg, Francis Damier démarre bien contre l’Allemand Mai en marquant le premier sur une tentative manquée d’ura-nage de son adversaire mais se faisant rejoindre sur cette même technique avant de prendre un second waza-ari sur un gaeshi, Mai passant dans le dos du combattant de FLAM 91. Eniel Caroly (PSG Judo), de son côté, passait facilement son premier tour, plaquant le Nigérien Boubacar Adamou sur o-ushi-gaeshi sur la première séquence de combat. Tout autre niveau proposé au second tour pour le champion de France 2019 avec le Bosnien Miletic. Battu par ce dernier à Leibnitz, Caroly avait pris sa revanche en finale de la coupe d’Europe de Hongrie dans un combat de fou. La belle donc ce matin à Marrakech. Un affrontement qui démarrait très mal pour le Français puisque sur la première saisie le Bosnien, 5e des Monde l’année dernière à Nassau, lançait uchi-mata à droite pour waza-ari. Le Français se réveillait et commençait à mieux poser son kumikata et à prendre l’initiative. Mais à mi-combat, le Français, un peu statique et en retard sur une séquence, se faisait devancer et subissait la même technique que dans les premières secondes.

Akhalkatsi et Bekauri, qu’est que ça dépote !
Première nation aux championnats d’Europe il y a un mois avec cinq titres masculins, on savait la Géorgie posséder une génération masculine très talentueuse et extrêmement performante en juniors et déjà en seniors. Ce jeudi fut son jour, celui de la confirmation que ce petit pays du Caucase possédait des talents bruts et qu’il va falloir s’habituer à voir au plus haut niveau.En 90kg, Lasha Bekauri, junior 2e année, champion du monde cadets 2017 (en -73kg) et champion du monde juniors en titre garde sa couronne mondiale dans un remake de la finale des championnats d’Europe finlandais face à l’excellent Hongrois Roland Goz. Bekauri ? Le guerrier absolu, à l’épuisement souvent trompeur, comme dans cette demi-finale d’une très grosse intensité, où, donnant l’impression d’être dans le dur, il placarde le Japonaise Kosuke Mashiyama sur un tani-otoshi parfaitement masqué. Gros bras droit, Bekauri si il garde cet engagement colossal, a significativement renforcé son arsenal technique. La preuve ? En finale il place un o-soto-otoshi avec garde classique, restant totalement engagé malgré la tentative d’arraché du Hongrois.
Cinquième au GP d’Ouzbékistan, on serait désormais de miser une pièce sur le fait que Lasha Bekauri, désormais champion d’Europe et double champion du monde juniors, pourrait bien être le 90kg géorgien à Tokyo dans dix mois.
Le Japonais Mashiyama boira le calice jusqu’à la lie puisque il finira au pied du podium. Ultra-dominateur durant trois minutes face à l’Allemand Mai, on en était presque à plaindre le judoka allemand, secoué, malmené et projeté (sur le ventre) par le Nippon. Mais sur un déplacement latéral, Mai se glissait sous le centre de gravité de Mashiyama, profitant parfaitement de l’inertie créé par le mouvement pour placer un kata-guruma qui déroulait le judoka de l’université de Meiji et provoquer une réaction collective de surprise dans le nombreux public.


Le o-soto-gari victorieux de Lasha Bekauri. Crédit photo : L'Esprit du Judo

L’autre judoka du jour c’est Vladimir Akhalkatsi. Lui aussi junior 2e année, ce -81kg, barré l’année dernière par Grigalashvili et Luka Maisuradze (médaillé mondial juniors 2018 et seniors 2019), ce dernier réalise une journée époustouflante ! Lui fait plutôt dans le sode-tsuri-komi-goshi aérien, spectaculaire et efficace. Possédant une excellente proprioception, Akhalkatsi, vice-champion d’Europe en Finlande, se trouve de manière assez remarquable rarement mis en danger sur les attaques adverses. Judoka plus d’instinct de sensations que Bekauri, Akhalkatsi offre au public deux des pions du jour dans des combats à fortes tensions : un subame-gaeshi sublime face au Brésilien Schmidt en demi-finale et un sode debout face au Russe David Karapetian en finale. Tout simplement magnifique.


Vladimir Akhalkatsi a régalé avec son sode-tsuri-komi-goshi. Crédit photo : L'Esprit du Judo

La Géorgie passe en tête
Avec ses deux titres du jour, le pays à la Croix de Saint Georges passe devant le Japon avec désormais trois couronnes mondiales juniors (Liparteliani avait ouvert le compteur géorgien hier en -57kg). Les Nippons sont juste derrière à sept médailles dont deux titres (en -48kg et -70kg). La Russie,elle, est à la troisième place avec quatre médailles dont trois masculines (pour un titre en -60kg). La dernière journée, demain, sera donc décisive. Rappelons tout de même que le Japon n’a volontairement pas sélectionné ses n°1 (Uta Abe, Akira Sone, Sanshiro Murao, etc.).

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