3:08 18 oct

CM juniors 2018 (J1) - Bilodid et Koga en vedettes

Frigoul au pied du podium, Goueffon septième

Situé sur une presqu'île au nord de Nassau qui porte plutôt bien son nom (Paradise Island), l'hôtel Atlantis, immense bâtiment tout en longueur à la couleur ocre et aux piscines et plages de carte postale accueille jusqu'à dimanche les championnats du monde juniors. Une compétition qui se déroule dans l'une des salles de conférence de l'hôtel : moquette au sol, fauteuils individuels verts de salon, climatisation à fond. 
Premier constat alors que la compétition débuta finalement à 11h ce matin : certains pays ont fait l'impasse ou ont limité très fortement leur délégation par rapport à 2017. À Zagreb, les championnats du monde juniors avaient réuni 590 judokas de 83 pays. Cette semaine, ils seront 426 de 67 pays soit un différentiel de 164 combattants et de seize nations (!). Une baisse significative puisqu'elle représente près de 30% de judokas en moins (27.8% exactement). 
La Corée, par exemple, deuxième nation en 2015, est absente. Ce mercredi ouvrait les hostilités avec les quatre catégories les plus légères (-44kg et -48kg chez les féminines, -55kg et -60kg chez les masculins), le Japon est déjà devant avec cinq médailles pour cinq engagés. Au niveau individuel, la star du jour s'appelait Daria Bilodid, qui s'adjuge un titre mondial juniors trois semaines après celui chez les grandes, elle qui n'est que junior 1re année. 
Et les Français ? Pas de médaille aujourd'hui mais des promesses du côté de Mélanie Frigoul et Yhonice Goueffon, classés, et qui, tout comme la nouvelle terreur mondiale des -48kg venue d'Ukraine, ont encore deux années de juniors devant eux. 

Frustration pour Frigoul
Non sélectionnée aux championnats d'Europe, la championne de France des -44kg ruminera sans doute longtemps cette demi-finale face à la Tunisienne Oumaima Bedioui. Arrivée dans le dernier carré grâce à ses qualités en ne-waza (sankaku inversé sur lequel elle aura pris le temps nécessaire face à la Roumaine Melnic et koshi-jime imparable placé à la Hongroise Beringer), la judokate du club d'Émilie Harnichard domine le début de combat face à la championne d'Afrique en titre et troisième à Berlin fin juillet. Dans un duel de droitières, la Française est même à deux doigts de trouver la faille sur un joli sasae. Visiblement puissante, la Tunisienne montait de plus en plus son bras droit, sans toutefois se montrer très dangereuse. Mais assez pour faire pénaliser deux fois la Française. Une débauche d'énergie que Bedioui payait avec des attaques mal, voire pas du tout, préparées alors que le golden score pointait. Sur une action où la Tunisienne lançait en lâchant les deux mains, l'arbitre central demandait même la vidéo. Estimant que l'action n'était pas suffisante pour un hansokumake, le combat repartait et, sur une action en liaison lors du golden score, la championne d'Afrique plaçait un koshi-jime où la Française tapait immédiatement. 
Pour le bronze, Frigoul se faisait cueillir d'entrée par le sode-tsuri-komi-goshi de la Brésilienne Amanda Arraes, victorieuse à Leibnitz début juin. Un waza-ari de retard que la Tricolore n'arrivera pas à combler. Une cinquième place au goût sans doute particulièrement amer pour une judokate qui aura montré de belles choses sur la journée (posture, travail au sol, travail en ashi-waza). 

Les deux -48kg du jour, Julie Weill dit Morey (ES Blanc-Mesnil Judo) et Blandine Pont (OM Judo) s'inclinent toutes les deux lors de leur deuxième combat : la première, championne de France en titre, subit le sumi-gaeshi de la Kazakhstanaise Tynbayeva (2à Berlin, 3à Leibnitz). La seconde, en argent sur le plan national, prend une troisième pénalité lors du golden score de son combat face à la Brésilienne Ferreira (victorieuse à Leibnitz et championne panaméricaine juniors en titre).   

Goueffon, c'est prometteur
Seul masculin français de la journée, Yhonice Goueffon évitait le demi-tableau de la mort (le Japonais Koga, le Géorgien Papinashvili, l'Azerbaïdjanais Huseynov, le Russe Abdulaev et le Kazakhstanais Narbayev). Bien rentré dans son premier combat contre le Roumain Oran avec un premier waza-ari sur yoko-guruma, le champion de France en titre se faisait rejoindre au score sur une action en bordure franchement contestable puisqu'une tentative de sen-no-sen de Goueffon était interprétée comme la conséquence du mouvement d'épaule du Roumain. Une décision arbitrale qui fouettait Goueffon et le faisait réagir avec un joli yoko-tomoe pour un second waza-ari. Passant aux pénalités le Vénézuélien Salas, le judoka du PSG s'offrait fort joliment l'autre Kazakhstanais de la catégorie, Arslan Yessengel, 2à Berlin et 3à Leibnitz. Un sacré client que le Français plaquait au sol dans la première minute sur un o-uchi-gari sur lequel le Français restait parfaitement à l'intérieur malgré la tentative d'arraché de l'Asiatique. Du beau travail. En quarts de finale, le Français retrouvait le Japonais Konishi de l'université de Kokushikan. Un judoka au morote-seoi-nage à droite aussi classique que puissant. Sachant cela, Goueffon décidait de croiser, lui le gaucher, pour ne pas laisser l'espace nécessaire au Nippon pour ses tentatives, toutes dangereuses. Mais peu à peu, ce dernier prenait l'ascendant, variant en lançant un ippon seoi-nage à gauche ou cherchant la solution en ne-waza. Sur une longue et très forte séquence, Goueffon arrivait, au courage, à sortir deux fois d'immobilisation. Mais les pénalités tombaient jusqu'au hansokumake. En repêchages, le Français retrouvait le Turc Kumtas, vainqueur à Lignano (Italie). Cherchant le coup dur sur du corps-à-corps en reprise de garde, le Français ne poussait pas son idée jusqu'au bout et le Turc parvenait à en réchapper. Averti, ce dernier commençait à prendre les choses en main et marquait une première fois sur un très dynamique ko-uchi-makikomi, puis une seconde sur la même technique trente secondes après. Goueffon finit donc septième ici à Nassau. Un résultat encourageant pour un garçon au bagage technique très intéressant mais qui, selon ses propres mots, doit "notamment continuer à travailler sur son kumikata". Une cinquième et une septième place donc pour la France aujourd'hui. 

Le Japon déjà devant
Tout comme leurs aînés, les juniors nippons ont trusté les podiums aujourd'hui. Cinq médailles pour le pays du Soleil-Levant dont deux titres : Chihiro Todokoro en -44kg et Genki Koga en -60kg. À cela s'ajoutent les médailles d'argent de Sana Yoshida en -48kg et de Seishiro Konishi en -60kg, et le bronze de Hayate Handa en -55kg (auteur d'un sublime uchi-mata sukashi face au Géorgien Khubashvili). 
Mention spéciale au fils de la légende nippone champion olympique à Barcelone, Genki. Cadet des enfants du désormais entraîneur en chef de l'université IPU, ce dernier, étudiant à l'université de Nittai-dai (comme papa) est donc désormais champion du monde cadets (2015) et juniors (2018) en -60kg. Comme un certain Naohisa Takato. Un garçon qu'on a hâte de voir maintenant sur le circuit seniors. Même si bon sang ne saurait mentir, Genki est très loin du style de son père. Donnant parfois une (fausse) impression de nonchalance, Genki Koga se caractérise par une prise de risque minimum, attendant souvent la faute de l'adversaire, une économie dans les attaques debout mais une volonté affirmée de trouver la solution au sol. Très fort au kumikata, il n'a jamais vraiment été inquiété aujourd'hui. En finale, il attend le moment propice pour lancer un o-soto-gari à son compatriote pour la victoire mondiale. 
L'Azerbaïdjan réalise de son côté le doublé en -55kg avec la victoire de Rovshan Aliyev face à Balabay Aghayev. Une catégorie où ce pays continue de se distinguer. 

Bilodid facile
Mais celle qui aimanta la majorité des regards, aujourd'hui, c'est Daria. Venue glâner le seul titre mondial qui manquait à son palmarès, Daria Bilodid, n'a pas eu à franchement forcer son talent pour atteindre son objectif. En finale, Sana Yoshida, la petite soeur de Tsukasa (championne du monde seniors -57kg à Bakou) jouait crânement sa chance. Mais l'Ukrainienne lançait un uchi-mata de gymnaste pour finalement décrocher la Nippone du sol et marquer ippon. Il y aura un peu d'excès à l'affirmer, mais ce titre fut presque une formalité pour la nouvelle reine des -48kg. 
Côté statistique, Bilodid est la première judoka à gagner le titre juniors après le titre seniors, la même année, depuis Ami Kondo en 2014. 

Les -60kg ? C'est fort
On pensait les Azerbaïdjanais capables de finir avec deux médailles d'or ce mercredi, puisqu'en -60kg étaient alignés Tofig Mammadov, impressionnant vainqueur des championnats d'Europe juniors, et Karamat Huseynov, vice-champion du monde juniors 2017 et déjà cinquième des championnats du monde seniors à Bakou.
Mais le premier ne pouvait participer puisqu'il n'a pas été pesé au poids. Le second, lui, se faisait éliminer par le Géorgien Papinashvili en huitièmes dans ce qui restera comme le combat du jour. Papinashvili, champion du monde juniors 2017 en -55kg, arrachait la victoire sur un incroyable yoko-guruma après une "baston" d'une intensité de très haut niveau. Papinashvili qui finira finalement en bronze,  seulement battu par Genki Koga en demi-finale sur une liaison debout/sol clairement préparée par ce dernier qui travaillait en okuri-ashi-barai pour enchaîner sur un kata-te-jime. Autre nom à retenir dan cette catégorie, le Brésilien Renan Torres, l'autre médaille de bronze du jour. Fort sur son sode et son ne-waza, il n'est que junior 2année. Koga, Papinashvili, Huseynov, Torres, Konishi, Abdulaev, etc. Des noms qu'il va sans doute falloir retenir pour les Jeux de Paris en 2024. 

Ce jeudi, place aux -52kg et -57kg féminines et aux -66kg -73kg masculins. Autrement dit les quatre médaillées françaises des championnats d'Europe (Coraline Marcus-Tabellion, Faiza Mokdar, Maryline Louis-Sidney et Sarah-Léonie Cysique) seront en piste.
 

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