21:23 29 aoû

CM Chelyabinsk 2014 - jeudi 28 août, -70 kg / -78 kg / -90 kg

Le parfum de l’inachevé : Tcheumeo en argent

Audrey Tcheumeo (-78 kg), irrésistible jusqu'en finale / Emmanuel Charlot - L'Esprit du Judo

Faut-il épiloguer sur les timides premiers pas en -70 kg de Fanny-Estelle Posvite lors de ces championnats du monde ? Victorieuse de son premier combat contre la modeste Italienne Cantoni, elle se retrouvait confrontée ensuite à la n°2 mondiale, l’Allemande Laura Vargas-Koch et cédait aux pénalités. On pourra invoquer l’exemple de notre médaillée mondiale Amandine Buchard, qui a parfaitement négocié un premier tour contre la n°2 mondiale de sa catégorie, mais il se trouve qu’elle l’avait déjà battue, ce que n’a jamais pu faire Fanny Estelle-Posvite avec la très solide Allemande, qui l’avait d’ailleurs sortie du tableau des championnats d’Europe 2014 d’un yuko pour sa première sélection pour un championnat de ce niveau. Pour l’instant, même si elle a fait la finale du tournoi de Paris, ce genre d’opposition est un peu trop « copieuse » pour la Limougeaude, l’événement un peu grand. On aurait aimé la voir essayer un peu plus, tenter de transcender ses limites. Au-delà du résultat, la frustration est à ce niveau… 

Louette, sans repère depuis Rio 2013
C’est plus troublant pour Lucie Louette, qui a, elle, déjà connu la consécration européenne, et venait en outsider chercher quelque chose comme une première médaille mondiale. La championne d’Europe 2013, médaillée encore en 2014, était une sérieuse chance, une sélectionnée qui pouvait apporter ce que les Japonais réussissent parfaitement sur ces championnats du monde : la performance de l’outsider quand le leader est déficient (ce qui en l’occurrence ne fut pas le cas), la médaille inattendue qui compense l’échec d’un médaillable attendu. Mais là encore, la mauvaise surprise fut l’apparente difficulté de Lucie Louette a se mettre dedans, à faire apparaître de l’envie et surtout à faire face à des difficultés à sa portée, qu’elle abordait il y a peu avec beaucoup plus d’autorité. Finalement victorieuse de la Polonaise Pogorzelec d’un waza-ari à trente secondes de la fin alors qu’elle était menée d’un shido au premier tour, elle a ensuite montré beaucoup d’impuissance face à la Slovène Velensek, l’une de ses adversaires européennes habituelles, qu’elle a rencontré trois fois en 2013 pour trois victoires, au Grand Prix d’Allemagne, au Master de Baku et en finale des championnats d’Europe. Cette fois elle laisse le combat lui échapper aux pénalités. Une vraie contre performance pour Lucie Louette qui semble sans repère net depuis son échec au championnat du monde 2013, même si la Slovène monte encore en puissance, comme l’a montré sa victoire aux tournois de Paris et d’Allemagne cette année. 

L’écueil Bauza
Au chapitre des déceptions quasi déroutantes, l’explosion, non pas en vol, mais sur un enchaînement classique parfaitement exécuté par le Lituanien Bauza, de notre -90 kg Alexandre Iddir. Balayage enchaîné par un mouvement rotatif conclu en tai-otoshi, un « coup de judo » comme on aime le dire dans le milieu, un vrai beau geste c’est vrai, mais qui vient sur l’une des premières prises de garde et sur laquelle Iddir tombe comme en randori. Bauza est un technicien reconnu double médaillé européen (en 2009 et 2013), mais il n’est que 27e mondial de cette catégorie. Le jeune titulaire français dont on attendait le fameux « déclic » après son premier podium européen se montre finalement très loin du compte et des leaders mondiaux, à sa place de 32e mondial. Il s’agissait de son premier championnat du monde, de sa troisième sélection après deux championnats d’Europe. Mais il n’aura guère d’éléments sur lesquels s’appuyer comme référence, sinon l’évidence d’avoir raté son championnat du monde.

Tcheumeo et la couleur de l’argent
Ces déboires français auraient pu être balayés par la victoire d’Audrey Tcheumeo, championne du monde 2011 à Paris, 2e mondiale, dans la catégorie des -78 kg. Après un combat, le clan français y croyait ferme, après deux, c’est tout le « Traktor Arena » qui en était sûr, tant elle semblait ne pas combattre dans la même catégorie que les autres. Des victoires rapides, explosives, intimidantes. L’Américaine Bleier secouée comme un chiffon à la fenêtre, l’Espagnole Tort jetée vers le sol dans un o-soto-gari d’une puissance hors du commun et presque inquiétant, rappelant au passage que le judo est bien un art de combat qui peut faire mal ! La championne du monde nord-coréenne Sol, qui était cette année un ton en dessous de l’année dernière (mais tout de même), ne pesa pas plus lourd que les autres. Oui, cette année, rien ne devait arrêter la machine de guerre française, Tcheumeo, qui pouvait, qui devait apporter une seconde médaille d’or et faire de ce vendredi 29 une journée faste. Mais si Audrey Tcheumeo est sans conteste la plus forte, il ne lui est pas arrivé si souvent de faire un sans faute sur un grand championnat. Restée concentrée quand la situation devient plus complexe, plus difficile à gérer face à des adversaires qui persistent à résister à son impact et à la gêner sur les mains, voilà sa difficulté. Cette fois encore, elle allait donner le sentiment de n’avoir pas tenu cette adversaire redoutable avec rigueur jusqu’au bout, commençant plutôt bien avant de se faire surprendre sur la puissante attaque de hanche de la Brésilienne (avec une pression maintenue au sol pendant plusieurs secondes avant d’obtenir le passage sur le dos. Il n’avait pas été dit qu’on devait revaloriser les techniques avec impact ?). Et manifestement un peu perdue dans la dernière partie du combat. Troisième podium mondial tout de même pour Audrey (dont le titre à Paris), en plus de son podium olympique. Honneur ce vendredi à Maya Aguiar, qui devient la troisième championne du monde de la « bande des quatre », quatre filles qui dominaient de la tête et des épaules le début des années 2010 chez les juniors et dans la foulée chez les seniors. L’Américaine Harrison en 2010 (championne olympique en 2012), la Française Tcheumeo en 2011, et désormais Aguiar en 2013. Seule la Japonaise Ogata, qui faisait partie de ce quatuor, n’a pas réussi la même chose et a disparu apparemment corps et bien dans la tourmente de la crise du judo féminin japonais.

Ilias Iliadis, trois fois champion du monde, projète d'un bras le Portugais Pedro Dias / Emmanuel Charlot - L'Esprit du Judo

Trop tôt pour un bilan… mais quand même
Avec cette médaille d’argent, c’est l’heure des comptes. Même si il est « trop tôt pour faire le bilan » comme aiment à le dire les entraîneurs – ce qui est vrai car la dernière journée des individuels pourraient nous valoir de très belles satifactions, dont une probable deuxième médaille d’or – on ne peut pas se défendre d’un sentiment diffus de frustration, d’un petit goût d’inachevé, comme cette « couleur de l’argent » qui vient récompenser une journée où Audrey Tcheumeo semblait n’avoir jamais été aussi forte et qui laisse la France avec cet unique titre récolté hier. On rêvait beaucoup pour cette équipe de France. Elle aurait pu toucher au sublime, si par exemple Alain Schmitt était passé en finale des -81 kg et l'avait emporté, elle a, à la place, donné un peu trop souvent le sentiment finalement qu’elle pouvait faire encore mieux pour certains, beaucoup mieux pour d’autres. Souhaitons que la journée qui vient disperse cette sensation comme une mauvaise brume. 
La journée elle-même fut un peu frustrante, avec des champions globalement fatigués, même si certains sont allés au bout comme l’incroyable Iliadis – Zeus, le retour – un convalescent qui glane un troisième titre (pour six médailles mondiales, et aussi deux médailles olympiques dont une en or... un palmarès divin !) dans une ambiance d’hécatombe pour les favoris attendus, en battant en finale l'étonnant Hongrois de 20 ans Krisztian Toth, un arracheur qui vient de faire une modeste 7e place au championnat du monde junior, mais qui était déjà 5e à Rio pour le championnat du monde senior 2013, médaillé européen cette année, et finaliste de deux Grands Prix. Mpons médiatique, mas tout aussi historique, la surprenante Alvear, elle aussi triple championne du monde, pour la Colombie, qui profite notamment de la totale liquéfaction mentale de la favorite néerlandaise Kim Polling.

Vingt ans et des reins solides, Krisztian Toth est vice champion du monde pour la Hongrie en -90 kg en écartant le Russe Voprosov en demi-finale / Emmanuel Charlot - L'Esprit du Judo

L’étrange record russe
Nous sommes pour l’instant deuxième nation, avec une médaille de bronze de plus que les Japonais… et trois médailles d’or en moins. Le calcul est facile. En théorie, sur le plan strictement mathématique, la France peut encore faire ces trois médailles d’or, repassant miraculeusement devant un Japon bredouille sur ce dernier jour. Le Japon justement avait réussi ce genre d’exploit en 2007 avec deux médailles d’or et un d’argent qui le ramenaient devant le Brésil et la France. Mais on comprend à quel point c’est improbable, même si nous avons Teddy Riner avec nous… C’est lui néanmoins qui va très probablement nous permettre de conserver sans pression cette deuxième place, devant la Géorgie, qui a « raté » son deuxième titre avec un Liparteliani en demi-teinte et sanglotant à la sortie du tapis pour une médaille de bronze qui ne le satisfait pas, le Brésil, qui engrange son premier titre et sera dangereux demain avec les poids lourds, et des pays qui ont une seule médaille, mais en or, la Mongolie, la Colombie, la Grèce et le Kosovo. Derrière ce peloton, une étonnante Russie qui n’en finit pas de placer des hommes sur le podium – pour l’instant, une sans faute presque absolu (une 5e place aujourd’hui avec un Denisov diplomatiquement « blessé » en place de trois pour ne pas affronter son camarade Voprosov) avec déjà sept médailles, une espèce de record – mais sans jamais atteindre l’or. Khaibulaev, le champion olympique des -100 kg, pourrait être le premier et Renat Saidov, un géant de 2m07, le second. Cyrille Maret et Teddy Riner ne sont pas d’accord.

Yuri Alvear, désormais trois fois championne du monde, domine la Néerlandaise Kim Polling / Emmanuel Charlot - L'Esprit du Judo

​Retrouvez le bilan du 4e jour ici (-63kg et -81kg) ici
Retrouvez le bilan du 3e jour ici (-57kg et -73kg) ici
Retrouvez le bilan du 2e jour ici (-52kg et -66kg) ici
Retrouvez le bilan du 1er jour ici (-48kg et -73kg) ici

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