15:25 13 aoû

Championnats du monde cadets 2017 : Bilan et tendances

Une seule médaille pour l'équipe de France

La France finit donc ces championnats du monde cadets chiliens avec une seule et unique médaille individuelle, remportée par la -52kg Faiza Mokdar. Comme à Sarajevo il y a deux ans (mais la médaille était en bronze). Au niveau comptable, la France se situe à la 15e place au classement des médailles, très loin des meilleurs, Japon en tête. Au niveau individuel, Mokdar a su relever la tête après son échec aux championnats d'Europe avec une prestation convaincante pour cette cadette 2e année. Liza Gateau et Morgane Féréol, si elles finissent au pied du podium, ont aussi su se hisser à la hauteur de l'événement, même si évidemment les regrets de passer si près d'une médaille mondiale sont là. Des prestations qui ne doivent pas masquer la réelle déconvenue d'un bilan presque vierge. Une compétition très décevante pour l'équipe de France dont les grandes tendances, que nous développons ci-dessous, étaient, dans leur majorité, déjà présentes il y a deux ans en Bosnie. Pas d'amélioration donc entre Sarajevo et Santiago. Et c'est déjà un premier constat plutôt inquiétant. Voici les cinq autres :  

-L'échec des masculins 
La statistique est cruelle : sur les huit engagés garçons, seulement deux ont gagné un combat durant cette compétition : Yhonice Goueffon (-55kg, Stade Bordelais Judo ASPTT) face au Canadien Sapenov (waza-ari) et Serge Villeneuve Daville (-81kg, JC Noyon) contre le Géorgien Gvachliani sur une disqualification de ce dernier pour une double saisie à la jupe. Mais quid, dans le détail, des adversaires des Français ? Sur les huit judokas tricolores, seul Enzo Gibelli (-66kg, Judo 83) a eu à faire face à une tête de série : le Géorgien Bakhbakhashvili, champion d'Europe en titre fin juin en Lituanie. Des adversaires qui d'une façon générale s'avèreront peu performants puisqu'un seul montera sur le podium, le Hollandais Moes en -50kg, vainqueur de Vincent Jourdan (GHBC). Un revers d'ensemble qui s'inscrit dans le contexte global d'absence de dynamique de résultats sur la saison. Sur les six compétitions officielles auxquelles ont participé les cadets tricolores français (Coupe d'Europe de Croatie, d'Allemagne et de Pologne, championnats d'Europe, Festival olympique de la jeunesse européenne, championnats du monde), le bilan est alarmant avec... zéro médaille. Une failllite qui n'est pas inédite chez les cadets français puisque 2017 est un plagiat de 2015 (0 médaille à l'international, élimination dès le premier ou second aux championnats du monde). Et un motif de réflexion en forme de paradoxe : comment expliquer un tel "gap" de résultats entre le national et l'international pour les deux meilleurs masculins de la saison, à savoir Orlando Cazorla (-60kg, OM Judo) et Evan Courties (-90kg, Peyrehorade Sports Pays d'Orthe). Invaincus au national cette saison (tournois nationaux, Tournoi de France, championnats de France) ces derniers ne remportent respectivement que quatre combats en cinq sorties pour le premier, et trois en quatre compétitions internationales pour le second. Tirage au sort ? Manque d'expérience à l'international ? Opposition nationale trop faible ? Carences physiques et techniques ? Cathy Fleury, nouvelle responsable national des cadets, souhaitait ne pas attendre la 3e année pour pouvoir faire connaître le niveau international aux meilleurs cadets français. A l'issue de cette compétition, difficile de lui donner tort. Aguerrir plus tôt et plus souvent nos cadets aux joutes internationales irait sans aucun doute dans le bon sens, mais le staff en aura-t-il les moyens, notamment financiers ? 

-Les filles sauvent le navire mais...
Ces championnats ont une nouvelle fois confirmé cette inclination transversale aux catégories d'âges : le judo français existe essentiellement par les catégories féminines.
La seule médaille, en argent, de ces championnats du monde est pour Faiza Mokdar (-52kg, JC Chilly Mazarin Morangis). Les deux autres judokas classées à Santiago sont aussi des judokates : Liza Gateau (-44kg, JC Baudimont) et Morgane Féréol (-70kg, AJ 61). Deux combattantes qui furent les deux seules médaillées des championnats d'Europe 2017 (Gateau en bronze, Féréol en argent). Toutes les médailles internationales cette saison ont été remportées par les féminines puisqu'aux dix podiums des trois tournois de préparation (Croatie, Allemagne, Pologne) s'ajoute la seule médaille glânée au Festival olympique de la jeunesse européenne : le bronze de Lou-Ann Masson (-52kg, La Couronne Grand-Angoulême Judo). Un rôle de locomotive joué par les filles dans cette catégorie d'âge que ces championnats du monde confirment une nouvelle fois : en 2013, à Miami, quatre des cinq médailles (dont le titre de Marie-Eve Gahié) sont féminines. En 2015, à Sarajevo, l'unique médaille (de bronze) est gagnée par Anaïs Mosdier en -48kg. 
Mais comme nous le notions lors des championnats d'Europe, de nouvelles nations montent en puissance ou confirment leur capacité à sortir des judokates pouvant accrocher l'or ou un podium international. Dans la première catégorie, la Géorgie, qui finit ces championnats du monde à deux médailles (argent pour Somkhishvili en +70kg, déjà championne d'Europe et bronze pour Mariam Tchanturia en -63kg) alors qu'elle était totalement absente du classement en 2015. Dans la seconde, la Croatie qui remporte le titre en +70kg avec Helena Vukovic. Autre leçon à tirer : l'Allemagne dispose d'une génération féminine qu'il va falloir suivre avec beaucoup d'attention les saisons à venir chez les juniors. Première nation chez les filles (devant le Japon), l'équipe féminine allemande cumule six médailles dont deux titres (Seija Ballhaus en -48kg et Marlène Galandi en -70kg) et classe sept filles sur huit ! Une réussite inédite, qui profite de la (très) relative faiblesse de la sélection japonaise, une génération en or qui pourrait jouer les terreurs les prochaines années si elle mûrit bien. Les Françaises sont prévenues. 

-Génération Paris 2024
Si l'un des fondements du judo français est l'idée d'une arrivée à maturité lente pour les leaders seniors, le bouleversement engendré par la réforme radicale du calendrier international il y a quelques années a quelque peu changer les données de l'équation (voir le dossier de notre numéro actuellement en kiosque). Considérer la catégorie junior comme une rampe de lancement pour espérer des performances en senior est devenue une evidence pour bien des nations. Mais quid des cadets ? Cette catégorie d'âge est traitée de manière très disparate selon les nations, entre celles qui veulent acquérir des résultats internationaux très rapides chez les jeunes sans forcément voir à plus long terme et celles privilégiant la formation et une évolution physique et sportive non-contrariée de ses athlètes (le cas de la France). Mais une tendance est en train de se dessiner : certains des récents médaillés ou champions olympiques inscrivent leur réussite dans la haute performance de plus en plus précocement, soit dès les cadets, comme le Russe Khasan Khalmurzaev (champion olympique 2016 en -81kg) ou l'Italienne Odette Giuffrida (vice championne olympique 2016 en -52kg) ou, du côté français, Amandine Buchard, Marie-Eve Gahié ou encore Walide Khyar. La précocité du talent et des résultats ne garantissent rien statistiquement... mais dans la configuration complète - qualités judo et capacité à la performance - ces derniers semblent tout de même être de plus en plus prédictifs d'une carrière parmi les meilleurs mondiaux. C'est pourquoi ce piètre résultat à Santiago doit faire réfléchir, dans la perpective de l'émergence d'une élite pour les JO de 2024. Car les cadets français actuels sont en plein dans la génération susceptible de participer à cet événèment sportif. Nés pour la majorité en 2000, ils auront 23 ou 24 ans à ce moment-là, ce qui est l'âge idéal pour décrocher l'or mondial, selon notre grille d'analyse (voir notre dossier dans l'Esprit du Judo actuellement en kiosque). Se reposer sur l'idée que le système produira forcément des talents pourrait s'avérer illusoire, surtout au vu des insuffisances des cadets masculins actuellement. Il faudra tout de même bien qu'ils viennent de quelque part.

-Le Japon garde le leadership
Avec seulement quatorze combattants (pas de -40kg ni de -50kg) le pays du Soleil-Levant réussit la performance de gagner 12 médailles dont trois titres, seuls le -81kg et -90kg ne sortant pas de tableau alors que toutes les filles sont sur le podium. 
Un résultat toujours impressionnant surtout que l'équipe envoyée à Santiago n'était pas la meilleure qualitativement pour une raison de calendrier. Cette semaine s'est tenu les "Inter High School", l'une des plus importantes compétitions nationales pour les judokas lycéens. Un événement considéré comme plus important pour les meilleurs cadets nippons (et surtout leur lycée) que les championnats du monde cadets. La preuve ? La participation des deux nouveaux diamants du judo féminin nippon, les très précoces Uta Abe, -52kg, 2e du Grand Chelem de Tokyo et vainqueur du Grand Prix de Düsseldorf et Akira Sone, +70kg, 2e au Grand Chelem de Tokyo et sélectionnée pour compléter l'équipe senior à Budapest qui auraient pourtant pu être du voyage à Santiago, car cadettes 3e année.
Derrière le Japon, l'Allemagne suit avec sept médailles dont six féminines. Sur la troisième parche du podium, la Russie avec six médailles dont deux titres (et cinq médailles masculines) et devancée par l'Allemagne à la deuxième place pour une médaille de bronze. Au niveau de la bataille des continents, l'Europe domine largement avec dix titres, devant l'Asie (5 titres) et l'Amérique du Sud (1 titre). 

-Les noms à retenir pour les années à venir
Lors de ces quatre jours d'épreuve individuelle, quelques noms sont sortis du lot : Kazbek Naguchev (-60kg, Russie), qui fait le doublé Europe/Monde avec un travail au sol diabolique, qui lui permet de clouer au sol, fait plutôt rare pour un Européen, le Japonais Kondo en demi-finale et de devenir champion du monde sur le même geste. Rien de révolutionnaire dans ce dégagement de jambe avec contrôle du haut du corps grâce à un sode-guruma-jime. Mais l'exécution est méthodique et parfaitement maîtrisée. En -66kg, Ranto Katsura (Japon) a produit un judo " à la japonaise" : garde classique, du dynamisme, des mouvements purs, une superbe posture. Il a souvent donné l'impression de pouvori marquer quand il voulait. Sa demi-finale, contre le combattant turc condense cette impression de supériorité. En +70kg, Sophio Somhkishvili (Géorgie), si elle ne finit que vice-championne du monde possède un potentiel et un judo qui fait d'elle une fille à suivre à l'avenir. Puissante, elle ne manque pas pour autant de qualités judo. Enfin, en +90kg, le surprenant Coréen Kim qui a mis le Russe Babayan au supplice en finale. Une variété technique bluffante (yoko-tomoe-nage, morote-seoi-nage) et une sérénité étonnante.  Ajoutons à ces quatre là le Turc de 17 ans Mihrac Akkus, vainqueur des FOJE, du championnat d'Europe et du championnat du monde avec notamment un o-uchi-gari d'exception. Un futur très bon -60kg si il a obtient les moyens de continuer le bon travail entamé. 

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