14:36 19 fév

Archives EDJ - Audrey Tcheuméo - Le soir où Bercy pleura

Article paru dans l'EDJ34 (octobre-novembre 2011)

Avec Gévrise Emane, elle constitue la solide branche camerounaise de l’équipe de France féminine. À 21 ans dont six seulement de judo, la figure de proue de Villemomble, dont les lecteurs de l’EDJ ont pu suivre depuis deux ans via la Judo Académie l’inexorable montée en puissance, est devenue le 26 août 2011 championne du monde des -78 kg. Battue au 1er tour des Monde junior en 2009, puis des Monde senior en 2010, elle avait averti il y a un an dans les gradins du Yoyogi Gymnasium de Tokyo : "l’année prochaine, je vais leur montrer qui est Tcheuméo". Œil du tigre et mental en mode orgues de Staline en montant sur le tapis, canon fumant et chargeur vidé en descendant du podium : chronique d’un frisson annoncé.

Une "balayette". Dans l’indispensable et très fleuri lexique franco-"Tchoum" (son surnom), le terme est synonyme de "balayage", de "de-ashi barai" ou, plus prosaïquement, de "taquet". C’est par une "balayette" que la lionne indomptée mit fin à son quart de la peur face à l’expérimentée Allemande Heide Wollert, sa tombeuse au premier tour il y a un an à Tokyo. C’est par une "balayette" qu’elle allongea en finale la Japonaise Akari Ogata, native comme elle - et la tenante du titre Kayla Harrison - de l’exceptionnel cru 1990… Mais c’est en demies, contre l’Américaine, que Tchoum vécut l’acmé de sa journée. Un combat âpre, sans concessions, proche en intensité et en rongements d’ongles patriotiques de l’inouï Wang-Akimoto en demies des Monde 2010 ou, déjà, du thriller Aguiar-Tcheuméo en juin dernier en demies du Grand chelem de Rio… Une bataille de garde où le moindre centimètre carré de judogi agrippé pouvait tout faire basculer. Le tournant eut lieu à mi-combat lorsque l’arbitre, alerté par son juge de coin - lui-même harangué à s’en péter les cordes vocales depuis sa chaise de coach par Cathy Fleury -, intima à la protégée de Jimmy Pedro de "cesser de remonter sa manche droite". Une fois, une seule, Audrey put donc saisir cette fameuse manche comme elle l’entendait. Cela lui suffit pour attaquer en confusion ko-uchi-o-uchi et marquer le yuko décisif… Au sore-made, le golden-score n’aurait pourtant pas été une injustice tant la dernière minute de la Française fut poussive. Mais comment la sanctionner d’un second shido au milieu d’une telle ferveur populaire ? L’arbitre s’abstint, Kayla s’inclina, et les deux jeunes femmes se quittèrent sur une accolade "iliadesque" – entre les deux, la même chaleur simple que celle entre Audrey et Mayra Aguiar à Rio, promesse de belles joutes à venir.
Et puis il y eut cette ultime "balayette" sur la Japonaise, à sa huitième ou dixième tentative du combat.  Plus qu’un pion, une surprise. Pour Ogata, pour le public, pour Audrey. Un impact si soudain qu’il en faucha les jambes de la Française, incapable de contenir ses larmes. Une émotion contagieuse, amplifiée par l’immense écran géant du POPB, qui toucha aux tripes les 12 000 présents… Au moment du salut final, dans une liesse peu vue en ces lieux, se lisait d’ailleurs dans les yeux de la Japonaise quelque chose de la fameuse phrase du tennisman Mats Wilander au sortir de sa finale perdue à Roland-Garros 1983 face à Yannick Noah : "Si je n’avais pas eu à l’affronter aujourd’hui, j’aurais été son premier supporter". - Anthony Diao

 

 

Les autres actualités similaires

Original-original-310_militaires
Original-original-310_veterans
Original-original-310_para_judo
Original-original-310_cjuniors
Original-original-310_cadets
Original-original-310_regions
Original-page_81
Original-pav%c3%a9_boutique_edj
Original-pav%c3%a9_310__code