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Archives - Dimitri Dragin : « J’avais des choses à dire »

Article initialement paru dans l'EDJ37 (avril-mai 2012)

Dimanche 28 août 2011 à Bercy, Dimitri Dragin a semblé marcher sur l’eau sur la route du titre français aux Championnats du monde par équipes. Alors sans références internationales dans sa nouvelle catégorie des -66 kg, le néo-Levalloisien a enquillé quatre ippons « darcelyandziesques » en quatre matches face à la fine fleur mondiale de sa catégorie, donnant à chaque tour le « la » à toute l’équipe de France. Retour sur une journée hors du commun.

« Lorsque ce fameux dimanche a débuté, il s’agissait d’une de mes premières sorties internationales en -66 kg. Toute la semaine, le staff m’avait dit de me tenir prêt, du fait notamment de la blessure de Pierre Duprat le mardi en individuel. »
De un. « Le dimanche matin, j’apprends que je vais faire le premier combat. Mon adversaire, c’est le Polonais Kowalski. Je l’avais déjà pris en stage, jamais en compétition. Mais que ce soit lui ou un autre, cela n’avait aucune importance. Dans ma tête, je n’étais pas dans une compétition par équipe. J’étais à un championnat du monde, premier point, et j’étais là pour ma gueule, deuxième point. J’avais des choses à dire. J’étais là pour tout casser et j’allais tout casser. Du coup quand je lui ai collé son balayage, Bercy a explosé mais moi je suis resté dedans. L’adrénaline était montée pour la journée, OK. Mais moi je savais que je n’en avais pas terminé. »
De deux. « L’autre côté positif de ce premier pion, c’est que ça a facilité les choses au staff de l’équipe de France pour la suite de la compétition. Je savais qu’ils avaient été déçus en individuels, du coup ils avaient là une solution de rechange. J’ai donc été reconduit pour le combat suivant. C’était contre la Russie. Mon adversaire c’était Khan-Magomedov. Pareil que pour le Polonais : déjà pris à l’entraînement, jamais en compétition. Excellente occasion, non ? Je suis resté dans mon truc. Il est gaucher. Quand je suis venu chercher sa manche, il a reculé, j’ai avancé. Boum. Là encore j’ai senti que le public était en train de monter. Moi je montais pareil mais je ne montrais rien. Je restais dans mon truc. »
De trois. « Demi-finale. France-Japon. Je prends Ebinuma, le champion du monde de ma caté. Il a gagné il y a quatre jours mais c’est qui ? Lui non plus je ne l’ai jamais pris en compétition. Le palmarès, je m’en fous. Moi ce que je sais c’est qu’aujourd’hui j’ai ma chance et j’entends bien la saisir. Qui que ce soit en face… L’action se passe très vite. Bien que droitier, je monte ma main comme un gaucher. Le connaissant, j’ai pris le risque de me mettre à gauche pour qu’il lance son uchi-mata – ce qu’il fait.  Je stoppe alors son action en verrouillant son triceps droit et c’est moi qui donne l’élan pour le contrer. Il y a le judo, il y a l’enjeu et il y a l’instinct. Sur cette action, c’est l’instinct qui a parlé. L’instinct de survie. A une traction près, c’est moi qui suis sur le dos. Mais j’ai pris la bonne décision, tiré sur le bon levier et au final c’est lui qui tombe. C’est une histoire de bout de tissu, mais à l’arrivée la différence est énorme. Ippon pour moi, ippon pour nous, et bientôt voilà Matthieu qui nous envoie en finale ! »
De quatre. « Finale. France-Brésil. En face de moi, Leandro Cunha, vice champion du monde 2010 et 2011. Moi je reste dans ma bulle, dans mon cadre. Je repense aux stages de l’été. Je repense à Stéphane Frémont, qui m’a mis tate tous les jours, deux séances par jour, pendant que les titulaires des Monde faisaient une séance par jour. L’objectif c’était les équipes mais même pour les individuels, s’il avait fallu y aller, j’étais prêt. Le jour J, j’étais prêt. Je n’étais pas là pour travailler telle prise ou telle saisie de manche. J’étais là pour combattre et pour lancer ma saison… Alors Cunha, je le prends, je l’enroule et il tombe. Ippon, comme les autres. Je gagne. Nous gagnons. Nous planons… Trois semaines plus tard, pendant que l’essentiel de l’équipe de France était en vacances, je ferai 2 en Ouzbékistan, puis bientôt 5 à Abu-Dhabi. C’est là, mi-octobre, que je redescendrais seulement de mon nuage du mois d’août… Quand je repense à ce dimanche-là, je repense aux mots de Benoît Campargue sur la chaise : "Prends ton temps, assure ton kumikata"… Je ne l’ai pas écouté une seule fois [Rires] ! Ou plutôt si. Je l’ai entendu, mais dans le feu de l’action je ne l’ai pas écouté : je suis resté dans ma bulle et j’ai fait. » 

Propos recueillis par Anthony Diao
Article intiatialement paru dans l'EDJ37 (avril-mai 2012).

 

 

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