19:30 27 avr

Riner tient parole et Louette s'envole

Bilan de la 3e journée des championnats d'Europe

Lucie Louette s'envole vers l'or européen / Emmanuel Charlot

Blessé, Teddy Riner (+100 kg) a tenu sa promesse de venir sur ses championnats d’Europe, qu’il emporte au métier. La France gagne encore deux nouveaux titres aujourd’hui, quatre en tout, le troisième pour ses féminines, avec Lucie Louette (-78 kg) qui confirme sa victoire au tournoi de Paris. Cyrille Maret poursuit sur son excellente dynamique de Paris et de Dusseldorf avec la médaille de bronze en -100 kg. La France est première nation, devant la Géorgie… qui surclasse la compétition masculine : six finales, trois victoires !

Les Français du jour : Après avoir battu l’Ukrainienne Turks, Audrey Tcheumeo (-78 kg) s’incline devant la Slovène Velensek, un yuko sur ura-nage en prolongation, puis la Néerlandaise Verkerk pour le bronze sur seoi-nage. Lucie Louette (-78 kg) ne rate pas l’occasion d’emporter son premier titre européen en battant en demi la Hongroise Joo aux pénalités et en finale la dangereuse Velensek, après avoir été pourtant menée d’un waza-ari. Emilie Andeol (+78 kg) se hisse en finale en sortant l’Ukrainienne Kindzerska en demi. En finale, elle cède aux pénalités face à l’expérience de la Slovène Polavder, championne d’Europe 2010, sept fois médaillée.

Malgré un bon départ avec un ippon spectaculaire par seoi-nage debout sur l’Azéri Gahramanov, Alexandre Iddir (-90 kg) se fait surprendre ensuite d’entrée par le Portugais Celio Dias en contre. Mené waza-ari, il ne revient pas au score.

Cyrille Maret (-100 kg) obtient sa première médaille de bronze continentale. Après trois combats bien négociés, il perd logiquement de deux yuko devant le Néerlandais Grol. Mené waza-ari par l’Israélien Or Sasson sur un seoi à genoux à la première prise de garde, il parvient à revenir et gagne d’une pénalité en prolongation.

Teddy Riner (+100 kg) bat presque tous ses adversaires aux pénalités. Le Néerlandais Vuijsters, l’Allemand Zimmermann (ippon sur uchi-mata), le Russe Saidov, le Géorgien Okroashvili. Il est champion d’Europe pour la troisième fois. Pour sa première participation, Jean-Sébastien Bonvoisin (+100 kg), battu nettement par Okroashvili en quart, réussit une très belle place de trois contre le Russe Saidov, qu’il immobilise.

La France récolte deux titres et deux médailles de bronze aujourd’hui. Elle termine en tête des nations avec douze médailles dont quatre en or.

 

Sept médailles pour neuf masculins engagés ! En ajoutant ce samedi trois médailles par Teddy Riner (+100 kg), Jean-Sébastien Bonvoisin (+100 kg) et Cyrille Maret (-100 kg), la France a réussi l’une de ses meilleures récoltes chez les garçons, bien au-dessus des très pauvres moissons de ces dernières années. C’est une excellente nouvelle pour les championnats du monde qui s’annoncent. Et aussi une véritable bouffée d’oxygène et de confiance pour un judo français qui semblait manquer de moyens pour former des champions masculins. Une euphorie qu’il faut sans doute relativiser d’emblée car le judo français avait sorti l’artillerie lourde dans ce contexte de début d’olympiade, et que six de ces sept médailles sont en bronze. Elle est d’ailleurs encore battue pour une médaille d’argent par une équipe « bis – ter » de Russie assez discrète, où a brillé aujourd’hui l’excellent technicien Kirill Denisov (-90 kg), le seul de ce groupe à avoir participé aux Jeux olympiques, médaille d’or devant le Géorgien Liparteliani. Elle est surtout surclassée par un incroyable jeune groupe géorgien dont il faudra reparler, qui ajoute encore deux finales aujourd’hui. À vrai dire, il n’en rate qu’une seule sur sept ! En -90 kg, où leur meilleur élément n’était pas engagé. Avec la France chez les féminines, les hommes géorgiens sont les grands vainqueurs de ces championnats d’Europe.

 

Trois médailles, une bonne surprise, une bonne nouvelle, une déception

Teddy Riner a fait le service minimum, blessé qu’il était aux adducteurs. Il a trouvé le moyen néanmoins de gérer aux pénalités le grand Russe Saidov (qui sort doucement du bois avec deux belles victoires expéditives en début de journée), et le puissant Géorgien Okroashvili en finale. La bonne surprise, c’est la façon dont Jean-Sébastien Bonvoisin (+100 kg) sut se faufiler dans le tableau, sortant deux gros combats bien finis au sol en finale de repêchages et en place de trois contre le Lituanien Paskevicius et le Russe Saidov. La bonne nouvelle, c’est la confirmation du « sérieux » des progrès de Cyrille Maret (-100 kg), impeccable toute la journée, y compris lorsqu’il fut mené pour le bronze, avec sans doute en tête les occasions gâchées précédentes. Il sut rétablir la situation et prendre ce qu’il y avait à prendre – une belle médaille, la première. Mais sa confrontation avec le Néerlandais Grol, lequel fut battu en finale par le très impressionnant Tchèque Krpalek, situe bien la hiérarchie : pour atteindre le même palier sur un championnat du monde, il y a encore un peu de marge.

Il y a aussi une déception : la contre performance d’Alexandre Iddir (-90 kg), mal concentré sur un combat à sa portée, et surtout incapable de forcer le destin pour revenir dans la course. Dommage. Avec Sofiane Milous (-60 kg), il est le seul à ne pas atteindre un podium. Il est le seul aussi de cette équipe à ne pas confirmer les promesses faites en tournoi, notamment son encourageante 5e place à Paris.

 

Quand Tcheuméo vient à manquer, Louette répond présente

Lucie Louette (-78 kg) l’emporte et la championne du monde et médaillée olympique Audrey Tcheumeo (-78 kg)  n’est même pas sur le podium. Ce n’est pas vraiment une surprise. Audrey Tcheumeo semblait être partie de trop loin pour être à un niveau de forme suffisant sur ce championnat d’Europe, malgré les affirmations positives de son entraîneur de club Omar Gherram. Lucie Louette en revanche avait montré qu’elle pouvait prétendre prendre le relais, au point que dans une configuration classique avec une combattante dans la catégorie, c’est sans doute elle qui aurait été sélectionnée. Volontaire, Audrey faisait le maximum, mais ses attaques venaient le plus souvent s’échouer sans impact sur l’adversaire. Sa concentration s’éparpilla quand l’arbitre la ramena assez injustement à égalité de pénalité avec la Slovène Velensek lors de son premier combat important. Après la défaite, elle n’avait plus grand chose à défendre et plus guère de moyens. Lucie Louette en revanche se montrait très sereine dans sa gestion tactique de la grande Hongroise Joo. Cet obstacle majeur passé, la victoire finale lui paraissait acquise… mais Velensek la surprenait d’entrée par un ko-soto-gake en « pied de biche », un mouvement particulier où elle vient peser de tout son poids sur la cheville de son adversaire pour la projeter. D’abord déroutée, Lucie Louette parvenait à revenir au score, se faisait encore marqué yuko sur le même… et finissait par profiter d’une nouvelle tentative de Velensek sur son mouvement favori pour soudain changer d’orientation et pousser sur le dos la Slovène ! Très finement joué. Un ippon inspiré et une médaille d’or méritée pour la blonde de Levallois qui avait déjà été médaillée en 2010 et 2011. Pour peu que Tcheumeo reviennent en forme, ce qui est probable, la France va disposer dans cette catégorie d’une force de frappe redoutable.

 

Andéol butte sur Polavder

Cerise sur le gâteau, Emilie Andeol (+78 kg) confirmait elle aussi sa belle montée en puissance. À vrai dire, avec huit combattantes dans la catégorie, quatre seulement étaient privées de podium ! Mais elle eut le mérite de combattre au niveau affiché ses derniers mois, ce qui lui permettait de battre en demi-finale l’Ukrainienne Kindzerska, 16e mondiale. Malheureusement, en finale, elle tombait dans les filets de l’inusable Polavder, la petite Slovène tout en rythme, dont une bonne part de la maîtrise consiste à savoir faire beaucoup de vent. Sur le kumikata, elle réduisait la Française à l’impuissance et la poussait dehors aux pénalités. Une médaille d’argent tout de même, mais dans un championnat faible. Descendue à la 13e place mondiale, Polavder a gagné huit médailles européennes, pour deux titres désormais, après celui de 2010. L’année dernière elle était finaliste. À 28 ans, elle sera encore là pour cette nouvelle olympiade.

 

Trois médailles d’or, une d’argent, une de bronze

Deux finales aujourd’hui, pour un titre de plus, les féminines françaises font le carton attendu, cinq médailles dont trois d’or, quatre finales, pour neuf engagés. C’est une performance à mettre dans la très bonne moyenne de cette excellente décennie, un signe positif en l’absence de Décosse et Emane. Les confirmations attendues ont eut lieu. Les doutes demeurent aussi, en -48 kg (malgré la médaille de bronze de Laetitia Payet), en -70 kg et désormais en -52 kg où Priscilla Gneto a du mal depuis le retour des Jeux. Les championnats du monde de Rio diront plus précisément où en est cette équipe de France « post-olympique ».

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