21:27 12 nov

Mondiaux Open féminins, pas de médailles françaises mais...

M'Bairo et Dicko au pied du podium

 

Après le grand Barnum d’hier, la « decima », le sacre de « T10 Winner », la journée d’aujourd’hui pouvait sonner un peu creux, d’autant que les lourdes en présence étaient moins d’une vingtaine, que cinq d’entre elles seulement (dont les trois leaders du classement tout de même) étaient dans les vingt meilleures mondiales et que le niveau de forme de certaines ne parût pas toujours à la hauteur de l’événement. A la fin de la journée, les deux premières se sont retrouvées logiquement en finale, la n°2, la Bosniaque Larisa Ceric, avec son kumikata agressif et ses makikomi des deux côtés, la n°1, la jeune Japonaise Sara Asahina, 127kg de judo et de conviction qui fit briller toute la journée, non seulement son énorme supériorité sur l’ensemble du plateau, mais aussi un très joli sasae en confusion enchaîné au sol qui fit le boulot jusqu’à la fin. La n°3, la Néerlandaise Savelkouls, devait les rejoindre à la troisième place, mais elle connaissait un accident industriel contre la vaillante, mais limitée, Nihel Cheikh Rouhou, une Tunisienne 38e mondiale assez maline pour temporiser le temps du combat et s’arracher sur une ou deux actions dangereuses. Alors qu’elle dominait de la tête et des épaules, l’athlétique Néerlandaise se faisait prendre sur le contre de son seoi-nage un peu convenu, au golden score. La Tunisienne pouvait lever les bras et pleurer toutes les larmes de son corps, c’était une médaille mondiale tout à fait inespérée, qu’elle était aller chercher avec ses moyens, et beaucoup de courage.

Dicko, des limites et un gros potentiel
Il restait une place sur le podium. Pour l’une des deux Françaises présentes ? Malheureusement non. On les attendait avec intérêt dans l’exercice et le bilan factuel indique une septième et une cinquième places pour Anne Fatoumata M'Bairo et Romane Dicko. Mitigé donc, mais pas négligeable. 
Anne Fatoumata M'Bairo avait le plus mauvais tirage. En prenant au premier tour la n°7 mondiale, l’Azéri Kindzerska, l’affaire pouvait s’arrêter là. D’ailleurs le combat prenait cette tournure : la grande brune attaquait toujours la première et avait marqué rapidement. Elle n’avait qu’à dérouler… mais dans la dernière minute, elle laissait enfin s’installer la Française qui en profitait pour la jeter en ura-nage bien suivi au sol. Une vraie « perf » qui indique le potentiel de la combattante de Pontault, troisième du Grand Prix de Zagreb récemment. Malheureusement, la suite allait aussi montrer quelques faiblesses, notamment sur la qualité des appuis. Il ne fallait que quelques secondes à la Japonaise pour la dérouler sur le dos, et en repêchages elle se faisait manœuvrer par la Tunisienne Cheikh Rouhou, qui marquait la première sur un seoi à genoux dans la montée de la main. Revenue au score, on pensait que M'Bairo allait facilement éparpiller les ressources d’endurance limitées de son adversaire. Au lieu de cela, c’est cette dernière qui reprenait la main et sanctionnait les rush imprudents de son adversaire en marquant à nouveau sur un mouvement d'épaule et en finissant au sol. 
Romane Dicko ? Bien sûr, c’est elle qui attirait l’attention du côté français. Allait-on voir la jeune championne de France crâne et redoutable sur son attaque favorite en harai-goshi ? Ou la « petite fille » châtiée aux championnats du monde juniors par des adversaires plus habiles au kumikata ? Le premier combat devait donner la mesure car il s’agissait de l’Allemande Kuelbs, 12e mondiale, celle-là même qu’elle avait battue au championnat du monde par équipes à Budapest. Cette Allemande n’aime pas beaucoup le style de son adversaire et elle est apparue en plus dans une forme très moyenne. Restant sur un faux rythme et peu lucide au sol où elle avait la solution, elle finit par se faire incruster dans le tapis par la redoutable « harai killeuse », au point de finir sa journée à l’hôpital, en difficulté pour retrouver ses esprits. Un excellent départ pour Dicko, là encore tempéré par la suite des événements. La Néerlandaise Savelkouls fait à peu près le même poids que la Française et joue sur la mobilité, des attaques en o-uchi-gari et en mouvement d’épaule à genoux qui manquent un peu de tranchant, mais bousculent les plus lourdes et les usent si elles ne tombent pas. Mais Romane Dicko tient bien sur ses jambes, c’est l’une de ses forces dans cette catégorie tactique, et elle ne bronchait guère sur les attaques de son adversaire, qui montrait des signes légers d’essoufflement à endiguer les montées de bras de plus en plus déterminées de la junior tricolore. Malheureusement, dans un passage au sol, le « bébé » comme dit d’elle Larbi Benboudaoud, oubliait totalement de défendre en contrôlant la jambe de sa rivale, bien contente de se dégager sans même avoir à faire d’effort. Le combat suivant était positif. Face à la Cubaine Aguilar, 20 ans, troisième du championnat du monde junior que la Française venait de rater en perdant au premier tour (contre la future médaillée d'or), Roman Dicko s’imposait au golden score, en restant bien à l’intérieur sur une tentative de contre, forte de sa capacité à tenir la combinaison o-uchi /ko-uchi ou harai-goshi en fonction des réactions de l’adversaire. Battre cette fille médaillée mondiale junior démontre assez clairement qu’elle avait les moyens elle-même d’atteindre le podium et c’est du baume sur son jeune coeur.
Il lui restait un gros combat à finir, pour une éventuelle apothéose, contre la légende cubaine Ortiz, certes championne du monde et championne olympique, mais en déclin progressif depuis 2015 et quasi retraitée depuis la finale des Jeux olympiques 2016. On pouvait croire à un affrontement, d’autant que la Cubaine n’avait pas montré grand chose depuis le début de la journée. Mais le combat durait juste assez pour qu’on puisse mesurer ce qui sépare encore ces deux univers. Très à l’aise pour contrôler la grosse montée du bras droit de Romane Dicko, elle l’étranglait presque négligemment en moins d’une minute. 
Du travail, il y en a, notamment au sol où les limites de la jeune espoir du judo français semblent vertigineuses. Sur les deux prochaines années, il lui faudra d’abord s’appliquer à au moins savoir défendre. Mais si le championnat du monde juniors avait laissé apparaître des limites un peu partout, au sol, dans la gestion du kumikata, dans la gestion mentale du combat, dans le fait que sans son bras droit elle n’a plus guère d’option, ce championnat « Open » senior a aussi rappelé que la « gamine » de 18 ans a d’énormes atouts, à commencer par son très jeune âge. Naturellement athlétique, elle est loin d’avoir déjà atteint sa puissance d’adulte et pourtant elle pèse déjà sur ses adversaires, qui souffrent aussi d’une stabilité qui révèle la faiblesse de leurs attaques. Si on peut déplorer qu’elle n’ait vraiment qu’une technique forte, on peut aussi se réjouir de ce magnifique harai-goshi qu’elle place dès qu’on lui en donne l’occasion, et remarquer qu’elle fait aussi tomber sur l’arrière en restant bien en place en ko-uchi sur les tentatives d’arraché. Alors si Romane Dicko est loin encore d’un grand podium, on peut déjà faire le pari qu’elle sera bientôt parmi l’élite mondiale... si elle passe par le nécessaire travail à accomplir.   

Découvrir son interview ici.

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